Avocat

A thousand wars

Comme chaque nouveau billet, il a fallu trouver un titre et une photo. Je commence toujours par ça. Mon petit rituel du nouveau billet.

Toutes les idées de titre qui me venaient à l’idée pour terminer cette année me paraissaient inadaptées pour refléter la totalité de ces douze derniers mois.

Et puis j’ai repensé à cette chanson d’Aaron que j’aime bien, que j’écoutais dans le train à fond dans les oreilles en allant à Paris le 16 novembre dernier. Face à la Tour Eiffel parée de bleu blanc rouge.

Et Parce qu’en 2015, on a fait un millier de guerres. Alors Messieurs d’Aaron, pardonnez moi, mais je vous ai piqué votre titre. Pour la chanson c’est là. C’est bien à écouter en lisant aussi.

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En 2015, j’ai 31 ans, je suis avocat, je suis blonde, je fais du surf et j’ai fait un millier de guerres.

D’abord à titre personnel, il a fallu de nouveau changer de cabinet, de nouveau reprendre ses marques dans une organisation, de nouveau jongler avec ce statut de « collaborateur libéral », les contraintes de salarié et d’indépendant.

Et puis il a fallu faire la guerre, cette année, peut être plus que les autres années, contre l’URSSAF, le RSI et les autres.

Se battre chaque trimestre contre les demandes de paiement, presque à chaque fois fausses, jamais compréhensibles.

Essayer de se faire comprendre par voie de recommandé, seule issue pour ensuite prouver que oui on a bien contesté les 10.000 € réclamés à tort.

Et puis notre profession toute entière a aussi fait ses propres guerres cette année.

Il a fallu faire front, tous ensemble ou presque, contre la réforme de l’aide juridictionnelle.

Il a fallu nous battre au sens propre et figuré pour défendre un accès à la justice aux plus démunis.

Il a fallu expliquer aux justiciables que notre mouvement était dans leur intérêt, pour qu’ils puissent continuer à bénéficier des services d’un avocat compétent, quelques soient leurs revenus.

Certains de nos confrères se sont battus physiquement contre les justiciables et contre les forces de l’ordre qui les ont bousculés.

A Bobigny, à Toulouse, et bien évidemment à Lille, où le bâtonnier Potie est devenu le héros bien malgré lui de notre mouvement #AJenpéril.

Il a fallu et il faut encore faire la guerre contre notre propre institution « représentante », qui chaque année avec ses campagnes de publicité semble un peu plus s’éloigner de nos préoccupations quotidiennes.

L’édito de fin d’année du président s’intitule « Liberté, unité, compétitivité »…

Cette guerre là est tellement loin d’être finie.

Il nous a fallu, cette année encore mais aussi les autres qui suivront, lutter chaque jour contre les clichés que véhicule notre profession.

Nous avons été traités de nantis, de captateurs mais aussi d’avocats de base. Tout ça à la fois. Il faudrait savoir…

Tout ca la même année, par les représentants de notre gouvernements.

Expliquer encore et toujours. Le temps passé, les diligences, les heures pour rien, les charges qu’on paie, le fait de devoir payer pour travailler…

Se rendre compte que ça sert à rien.

Il faut encore, et je sais que je ne suis pas la seule, faire la guerre à soi même chaque matin, pour pas tout envoyer paître, pour pas répondre aux sirènes de ceux qui suggèrent que je serais surement pas moins malheureuse en étant prof de yoga ou à faire un surf trip autour du monde.

Parce que trop de jours de cette année, j’ai eu envie de tout claquer pour faire autre chose. A cause de toutes ces guerres.

Et puis quand même, il y a eu ça. Janvier d’abord. Puis novembre. L’année des guerres qu’ils disaient. Il faut s’en remettre. Panser ses blessures plus ou moins profondes, plus ou moins vives. Mais présentes, qui oppressent et qui certains jours nous font pleurer sans raison.

Parce que ça aurait pu être chacun de nous, parce que c’est peut être un des vôtres, vous qui me lisez et pour ça vous avez toutes mes sincères pensées.

Parce qu’en 2015, quand on fait partie de cette génération, on ne devrait pas être en guerre.

Alors oui cette année elle était guerrière, elle était rebelle, elle était triste, elle était solidaire mais la bonne nouvelle c’est qu’elle fini aujourd’hui.

Alors dites le avec moi, très fort, « 2015, casse toi, tu crains ».

(Quant à la photo elle est un peu dégoulinante d’amour, mais c’est un clin d’oeil appuyé à un groupe de filles qui a fait que parmi toutes les guerres de cette année, il y a eu une trêve merveilleuse d’un week end fin octobre, quelque part dans Paris, où quelques jours après on s’est dit ca aurait pu être nous.

Et puis aussi, ce cœur avec les doigts, il est pour vous chers lecteurs. Parce que malgré le peu de billets cette année, WordPress m’a accueillie hier matin avec un petit mot me disant que le nombre de visiteurs ici cette année correspond à 12 concerts complets dans l’opéra de Sydney – c’est pas rien hein (bon WordPress m’a aussi dit que mon meilleur apporteur de visiteurs c’était Maître Mô, mais faut pas lui dire après il va prendre la grosse tête).

Et pour ca je vous dis Merci et cœur avec les doigts).

 

 

Présumé coupable ou le combat d’un homme contre une erreur judiciaire

(Ce billet inaugure une nouvelle catégorie. Je vous propose un vendredi sur deux de vous parler d’un film, d’une série, d’un bouquin en relation avec le monde juridique, judiciaire, ou policier au sens large. Vu l’enthousiasme suscité (merci @Ansyass), j’espère que ça vous plaira).

Quand il s’agit de regarder des films ou des séries sur l’univers de la justice, il m’est toujours difficile de prendre le recul nécessaire et de ne pas trouver que la réalité est un peu, voire très, déformée.

Un peu comme les médecins rigolent très fort devant Urgences ou Grey’s Anatomy. Ben nous, on rigole très fort devant Avocats et Associes.

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Pour autant, je n’ai pu m’empêcher de regarder le film « Présumé Coupable » et d’en être bouleversée par la manière dont cette grosse machine appelée Justice peut broyer quelqu’un rapidement.

Ce film est adapté du livre écrit par Me Alain Marécaux, huissier de justice de son état, qui a fait partie des personnes accusées et condamnées à tort lors de la désormais, aussi tristement célèbre que sordide, « Affaire Outreau ».

Nous voilà donc spectateurs d’une longue descente aux enfers d’un homme, père de famille, huissier de justice, patron d’une entreprise, qui se retrouve du jour au lendemain accusé des pires choses, des pires actes qu’il soit, des pires accusations pour un homme innocent.

Il est – vous le savez tous – lui, sa femme, et 13 autres personnes – accusé de viol sur ses enfants et leurs copains ainsi que de proxénétisme sur les mêmes gamins.

Entre le jour de son arrestation et le jour du procès d’Assises, Monsieur Marécaux passera près de 3 ans en détention provisoire, tantôt en maison d’arrêt, tantôt en hôpital psychiatrique.

Et le film nous met en position de spectateur impuissant devant toutes les incohérences de cette procédure, devant la détresse de cet homme qui perd peu à peu tout ce qu’il a, devant le froideur de ce juge qui a été tellement décrié, mais aussi face à cet immense rouleau compresseur qu’est ce semblant de justice, auquel on a eu droit dans cette affaire.

On a envie de crier son innocence tellement elle semble évidente, on a envie de dire au juge d’instruction que ce n’est pas possible tellement on la voit flagrante, on a envie de se dire que cette affaire n’a pas pu exister dans notre pays.

Je n’ai pas envie de vous en dire plus sur ce film pour ne pas vous empêcher d’aller le voir. Parce que je pense qu’il faut voir ce film. Il faut être conscient de ce qui s’est passé dans cette affaire-là. Et surtout ne pas l’oublier. Et surtout de faire en sorte que jamais cela ne se reproduise.

(Crédit Photos : Allociné)

La technique infaillible de l’ours qui se gratte le dos

Si je devais parler de ma formation au sein de l’école des avocats, je serais très mitigée quant à sa qualité et à son contenu.

J’eus la naïveté de penser, et ce jusqu’au lendemain de la rentrée, que les 6 mois de formation dite « initiale » allaient m’apprendre l’essence de mon métier.

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(Crédit Photo Glacier NPS)

Faire une assignation, gérer un client, plaider, facturer, recouvrer, quels papiers faire signer quand et à qui pour une AJ, tout ça tout ça…

Tout ce qu’on ne sait simplement pas faire quand tu sors de l’école des avocats.

Un jour alors que je discutais avec un groupe de comédiens, certains m’ont dit que ca leur plairait, à défaut d’être avocat, de donner des cours de théâtre dans les écoles d’avocat.

Bien que trouvant l’idée très bonne, j’ai brisé leur rêve leur expliquant que cours de théâtre dans les écoles d’avocat (en tout cas dans la mienne), il n’y avait malheureusement point.

Et devant leurs mines surprises, je ne pu m’empêcher de leur raconter la technique de l’ours qui se gratte et des « enseignements » que l’école des avocats avait cru utile de nous dispenser ce jour là.

Je me suis quand même demandé, l’espace d’un instant, si on ne s’était pas un peu moqué de nous ce jour là.

D’ailleurs, en écrivant ce billet, je me suis aussi demandé si cela était bien arrivé, tellement aujourd’hui je trouve ca aberrant !

Le module de formation s’appelait « Apprendre à contrôler sa voix ».

Jusqu’ici tout va bien, c’est un peu 50% de notre métier que de savoir parler…

L’intervenante est une orthophoniste et a donc pour mission de nous aider, selon le titre, à bien respirer et à bien adapter notre voix au contexte pour faire passer nos messages !

Naïve que je suis !

Tout d’abord dans le cours contrôler sa voix, de voix il n’y aura point puisque durant les deux sessions de formation à aucun moment il ne nous a été donné de parler !

Mais de quoi me plains-je puisque ce jour là il m’a été donné l’occasion de faire l’ours.

Alors cette orthophoniste, peut être très douée dans son domaine, est venue, sans ciller, expliquer à 170 futurs avocats entre 25 et 35 ans, que pour bien se détendre avant de plaider et ainsi avoir une voix claire, posée et distincte durant tout un exposé oral, il suffit d’un mur sur lequel on peut s’adosser.

Dès identification de ce mur, prenons par exemple un grand mur d’une salle des pas perdus (parce qu’au milieu de plein de gens c’est drôlement plus rigolo), il suffit d’y poser son dos et de se frotter de haut en bas et de droit à gauche « à la manière d’un ours qui se gratte le dos contre un arbre ».

Cette technique ancestrale fait apparemment recette et permet aux avocats, avant une plaidoirie se mettre leur voix en condition.

(Je vois bien que vous rigolez là bas au fond, c’est normal)

Ceux qui me connaissent se doutent bien qu’il fut difficile pour moi de rester stoïque mais je prenais sur moi pour ne pas l’ouvrir.

Malheureusement, l’occasion m’a été donné de prendre la parole puisque l’intervenante ma demandé mon avis sur la technique de l’ours.

Je ne pu m’empêcher de lui répondre que je ne voyais pas bien de un l’intérêt du cours et de deux avant de plaider de demander un petit délai au magistrat le temps que je me frotte le dos contre un mur (ben oui on m’a appris ça à l’école Monsieur Le Président – si, si je vous jure) afin de permettre une clarté de mon discours.

Je me voyais donc expliqué une nouvelle fois que cela permettait d’éclaircir la voix.

J’ai beau essayé de comprendre je ne vois pas bien le lien.

Mes petits camarades se marrent sous cape et mon professeur du jour abandonne sa démonstration voyant le peu d’effet qu’elle produit sur moi.

Il n’empêche que nous ne nous sommes pas arrêtés en si bon chemin.

Puisque ensuite nous avons imité un skieur de fond et un chien qui lève la patte… Si si…

Malheureusement comme nous n’avons utilisé ce jour là ni notre voix ni notre respiration utilement, je ne peux pas vous donner les résultats des tests avant après grattage de dos et leur influence sur ma voix quand je plaide !

J’eus été tenté d’aller poser la question à un spécialiste de la technique, le Grizzli du zoo d’à côté, mais je crois que les ours ça parle pas.

Enfin je suis plus très sure vu ce qu’on m’a appris dans mon école des avocats…

Je suis avocat

Ou plutôt je suis une avocat.

Pas un fruit à la peau rugueuse et à la chair vert claire dont je raffole par ailleurs.

Pas non plus une avocate, ce qui laisserait supposer que je ne suis pas l’avocat original, celui capable d’impressionner les magistrats et les clients, ou pas le meilleur, ou encore que je ne suis juste pas vraiment avocat, mais stagiaire ou assistante.

Pas non plus un avocat comme on en voit à la télé. Ceux là n’existent que dans les séries américaines les mêmes séries dans lesquelles les procès se déroulent en deux jours et où les surprises à la barre sont légion et à la hauteur de la folie du conseil qui les élabore.

Pas non plus un avocat comme mes brillants confrères Eric DUPONT-MORETTI ou Jean-Yves MOYART, n’ayant ni leur voix puissante, ni leur talent pour obtenir des acquittements et surtout je n’ai pas leur passion pour le droit pénal.

Non je ne suis pas de ces avocats là.

Je suis une avocat comme les écoles du barreau de France en produisent des centaines par an.

Je suis une avocat qui connait des grands moments de solitude dans l’exercice de sa profession comme l’intégralité de mes confrères.

Je suis une avocat qui aime le droit de la construction et les expertises et qui oublie souvent de respirer quand je plaide.

Je suis une avocat qui n’a jamais mis les pieds en garde à vue et n’aime pas le droit pénal.

Je suis une avocat, je suis blonde, je fais du surf, j’ai presque 30 ans, et j’ai 4 ans de barre.

Je suis une avocat qui avait envie de raconter sur un blog toute les aventures que cela implique d’être une avocat comme ça. Les rencontres, les galères, les succès, les doutes, les passions et tout ce qui fait que je suis cette avocat là et pas un autre.

Parce qu’au final, je suis une avocat qui s’éclate et fait parfois des éclats.