Le couloir du JAF

C’est un couloir comme il y en a tant dans les bâtiments administratifs. Il est très long. Interminable. Il a des murs beiges et quelques bancs.

C’est un couloir le long duquel figurent des portes. De nombreuses portes.

C’est un couloir où je déteste aller. C’est ma punition les rares fois où j’y vais.

C’est le couloir du juge aux affaires familiales.

 

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Il n’est jamais vide le couloir du JAF, il n’est jamais neutre, il y fait toujours très chaud, il n’y fait que rarement assis.

C’est le couloir où les justiciables attendent désespérément leur tour, pour passer devant le juge et régler des histoires de divorce, de pension alimentaire, de garde des enfants, de garde de chien, de partage de l’argenterie, de restitution de la bague de fiançailles.

Dans le couloir du JAF, il est tout le temps question de larmes et de cœurs brisés.

Le couloir du JAF il est rempli de plein de portraits.

Par exemple, il y a José. Il s’impatiente de devoir attendre son tour depuis plus d’une heure. Le dossier avant le sien a pris plus de temps que prévu. Il est peintre en bâtiment. Ça se devine parce qu’il a plein de tâches de peinture sur son pantalon et sur son blouson. Il ne s’est pas dit que c’était un manque de respect que de venir crado à l’audience. Sa femme a demandé le divorce, elle ne supporte plus ses sorties nocturnes avec les copains et les coups qu’elle reçoit parfois quand il rentre.

Au fond de ce qu’ils appellent la salle d’attente, il y a Caroline. Elle a une petite quarantaine. Elle est inconsolable. Son avocate tente d’apaiser les sanglots. C’est la faute à Sébastien toutes ces larmes, il est parti avec sa stagiaire de 25 ans et l’a laissé tombée avec les deux gosses.

Il y a Aurélie et Michael. Ils ont deux enfants. Ils se crient dessus au milieu des autres, se traitant respectivement d’alcoolique, d’incapable et de jolis noms d’oiseaux que leurs avocats respectifs sont bien incapables de calmer. Ils sentent aussi fort l’alcool l’un que l’autre et ils sont là pour la garde de leurs enfants Dylan et Kimberly.

Au milieu de tout ce petit monde, il y a Catherine et Marie-France qui discutent. Ce sont des avocates. Les autres confrères les appellent les Jafettes. Elles sont très chics et ont des bracelets dorés qui font bling bling. Elles sont chez elles, le couloir du JAF c’est leur terrain de jeu, de chasse. On les surnomme comme ça parce qu’elles sont souvent, il faut le reconnaître, un peu hystérique et ont tendance à mettre de l’huile sur le feu dans les débats entre les couples déchirés.

Il y a aussi Simone. Elle est très jeune. Elle a une choucroute sur la tête. On dirait une américaine qui sort de son bal de promo. Elle a la peau couleur ébène. Elle fusille du regard son mec  sur le banc en face. Ils ont l’air d’avoir à peine 20 ans. J’ai du mal à comprendre qu’on puisse se haïr autant après s’être aimé au point de se marier. Lui n’a pas l’air trop stressé, son avocate est partie faire un petit tour quand le juge l’appelle. Celui ci s’énerve et dit à sa femme qu’en punition ils ne sont pas prêts de passer. Sa haine redouble. Elle lui dit qu’elle a pas que ça à faire.

De l’autre côté de ce couloir où les gens attendent, pleurent, haïssent, crient et où les avocats s’impatientent, il y a des portes.

Derrière chaque porte, il y a une JAF qui voit défiler tout au long de la journée des histoires d’amour déchirées.

Dans leurs dossiers, il y a des trucs moches, des attestations méchantes, des dettes, des dossiers de surendettement, des plaintes pour violence.

Il y a les JAF bien et les moins bien. Celles chez qui quand tu es convoqué à 14 h tu passes à 18 h, celles chez qui tu arrives avec la plus simple des ruptures amiables et qui trouve quand même un pépin à ton dossier, celles qui essaient de les laisser marier…

Et puis il y a moi au milieu de tout ça. Avec ma tête de pas être à ma place. J’observe tout ce petit monde.

Mon esprit divague, la vie, l’amour, la haine. Et vraiment très fort, j’espère ne jamais devoir passer par le couloir du JAF pour ma vie perso.

Et je me demande, et j’espère, qu’au début de tout chemin qui mène au couloir du JAF, il y a eu un tout petit peu d’amour.

Le jour où je me suis sentie (un peu) maîtresse d’école

C’était une journée qui était beaucoup trop proche de celle de mon premier jour comme avocat.

Bien bien trop proche.

Et pourtant ce jour là, je me sentais grande, terrorisée, mais grande fille quand même.

C’était le jour de ma première permanence pénale.

Le jour de ma première permanence CRPC.

 

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 Les pénalistes détestent cette procédure parce que c’est le degré zéro de la défense pénale.

Les civilistes qui font un peu de pénal adorent parce que c’est le degré zéro de la défense pénale c’est du droit pénal avec filet…

Pour ceux qui ne connaissent pas, la procédure de CRPC est la procédure dite vulgairement du « plaider coupable ».

Cela consiste pour le prévenu à reconnaître les faits qui lui sont reprochés et d’avoir une sanction plus « légère » que celle qu’il encourrait devant un tribunal correctionnel (les peines maximum encourues sont divisées par deux par rapport au tribunal correctionnel).

L’idée de base, je la trouve pas mauvaise, consiste à pouvoir « négocier » la peine avec le procureur pour que celle ci soit adaptée à la personnalité du prévenu et proportionnée par rapport aux faits.

Le problème c’est qu’en pratique la « négociation » dépend de l’humeur et de la personnalité du procureur (amis du Ministère Public qui me lisez, je vous fais des bisous).

Comme je le disais, les pénalistes détestent parce qu’il faut approuver la totalité des faits reprochés et leur déroulement pour que la procédure soit validée.

Les civilistes adorent parce que contrairement aux autres permanences pénales, il n’y a pas cette notion terrorisante d’urgence dans la mesure où on a accès aux dossiers avant l’audience.

Cela nous permet donc, à nous les civilistes, de chercher, docs à l’appui d’éventuelles nullités et de réfléchir en amont à la peine proposée par le proc.

Pour comprendre la suite, il faut aussi que je vous explique que ce genre d’audience se déroule en deux étapes.

Tout d’abord, on rencontre le proc avec notre client et on décide ou non d’accepter la peine proposée.

Si votre client accepte la peine, vous changez de salle pour aller rencontrer un juge qui répond au doux nom de « juge de l’homologation » qui vérifie que le procureur ne s’est pas trop emballé sur la peine et que celle ci est adaptée et permet punition et réparation.

Après ces brefs mais nécessaires propos procéduraux, nous revoilà partis un jour de début 2010.

J’exerce depuis deux trois mois. Autant vous dire que j’ai pas dormi.

J’ai vu 5 des ouailles qui devaient m’être confiés ce jour là dans mon bureau le semaine précédente.

J’en découvre trois autres en arrivant au palais à 8 h 15.

J’ai donc 8 personnes, que des hommes, entre 19 et 35 ans, sous ma garde pendant une matinée. L’angoisse.

Les infractions qu’on leur reproche sont aussi diverses que variées : conduite en état alcoolique, escroquerie, violences, cambriolage…

D’ailleurs on peut être surpris que certaines de ces infractions passent en CRPC mais bon c’est un autre débat.

J’avais donc pour mission, en une matinée, pour chacun des huit de passer devant deux magistrats, vérifier qu’ils fassent pas n’importe quoi et accessoirement qu’ils m’aient donné tout ce qu’il fallait pour que je me fasse payer à l’AJ…

L’angoisse bis.

Pour chacun j’ai expliqué. Une fois. Douze fois. Mille fois.

J’ai expliqué la procédure. Le proc. La peine. L’homologation. Le premier juge, le deuxième juge, le fait que ça allait être long du fait que l’avocat de permanence passe en dernier.

Huit fois je suis passée devant le procureur. Huit fois je me suis faite envoyée paître, le procureur n’étant pas d’humeur à négocier les peines ce là.

Huit fois mes clients se sont fait remonter les bretelles, ont dit oui oui monsieur le procureur, je sais que ce que j’ai fait c’est mal, je le referai plus jamais.

Huit fois j’ai écouté les mensonges, impuissantes à conseiller meilleure solution que cette peine en kit, tellement ils étaient tous coupables des faits qui leur étaient reprochés.

Et puis huit autres fois, à attendre devant le juge de l’homologation. Reprendre un à un les dossiers.

Faire répéter aux clients ce qu’est la peine d’emprisonnement avec sursis (cette juge de l’homologation n’homologuait pas les décisions d’emprisonnement avec sursis si le prévenu ne savait pas précisément ce que ça voulait dire).

Presque huit fois, j’ai retenu ma respiration quand l’un ou l’autre ont voulu ajouter quelque chose à la fin, devant à l’homologation, malgré l’insistance du juge à ce qu’ils me le disent d’abord au cas où.

Et puis il y a eu ce moment, où ils étaient presque tous assis sur le même banc à côté, alignés attendant leur tour, où ils ont tous levés la main, à mon attention, m’appelant « Eh M’dame » ? « C’est quand que ca fini, j’ai un rendez vous ?  » « Eh M’dame, pourquoi y a deux juges ?  » « Eh M’dame, ma femme passe un examen de français et je dois lui porter ses papiers là maintenant » « Eh M’dame, c’est quand que ça fini ? »  » Eh M’dame, je pensais pas que ça serait si long ».

Et je les ai tous regardé.

J’aurai pu crié si j’avais pas été dans la salle d’audience.

J’aurai eu envie de leur dire de baisser leur bras deux secondes et de se taire. Juste la fermer un tout petit bout de temps.

Et puis petit à petit, je sais pas comment, ils étaient tous passés avaient tous signés leur trucs, et avaient tous disparu reprenant le cours de leur vie.

Ni au revoir, ni merci. Ca ne sert à rien de remercier ou de saluer les M’dame.

Je suis sortie de là, j’avais l’impression que l’on m’avait roulé dessus tellement j’avais mal dans tout mon corps.

Je suis sortie de là avec cette impression étrange d’avoir du gérer huit gosses dans une cour d’école et ca m’a vraiment pas plus…

Le libéral, l’URSSAF et le patron

A l’heure où les très jeunes passent le concours d’entrée à l’école des avocats, ou les un peu moins jeunes passent le CAPA, où les un peu plus vieux se demandent comment payer leurs charges et où ma prof de yoga m’incite à me reconvertir pour devenir prof de yoga dans son studio, il m’est apparu nécessaire de venir éclaircir un point capital dans notre métier.

Notre statut, à nous autres « jeunes » avocats.

En effet, vous avez été quelques uns à me demander des précisions sur ce qu’est ce statut de collaborateur libéral.

Il est donc temps de faire la lumière sur le statut le plus merveilleux du monde.

A l’école des avocats, quand vous êtes un petit avocaillon a qui on essaye d’apprendre des choses, on vous parle vaguement, entre une gratouille d’ours et un cours où tu dois écrire une assignation au stylo plume, du CFE (centre de formalités des entreprises), de l’URSSAF et la caisse de sécu particulière aux professions libérales.

On vous en parle au détour d’une formation sponsorisée par une association de gestion agrée qui est surtout là pour vous vendre une adhésion.

Mais au final, quand vous êtes à l’école, que vous avez un an de stage derrière, ça vous parait bien abstrait ce statut de libéral, en tout cas d’un point de vue des contraintes.

Parce que soyons honnêtes, le côté « avantageux » du libéral, nous l’avions bien compris direct, c’est que vous êtes votre PROPRE PATRON et que vous pouvez, dans la mesure du raisonnable, organiser votre temps de travail COMME VOUS VOULEZ.

Que les étudiants sont naïfs…

Et puis environ un an et demi plus tard, après la formation, une année en stage et un horrible examen, on vous donne un diplôme.

Il y a une petite phrase tout en bas du diplôme, écrite en filigrane.

C’est écrit « bienvenue dans le monde merveilleux des professions libérales »…

Et comme me l’a écrit une mutuelle, s’installer comme profession libérale est une décision « audacieuse »…

Et puis c’est la panique parce que la réalité des formalités à accomplir nous accable et honnêtement nous sommes bien seuls, même si à Lyon, une initiative avait été mise en place par les anciens pour nous aider dans tout ca.

Ce tout ca c’était se s’inscrire comme indépendant. Comme profession libérale.

Pourtant, et le paradoxe commence ici, pour s’inscire comme « indépendant », il nous fallait d’abord trouver un « patron ».

Un patron qui allait nous donner du travail à un tarif qu’il a lui-même décidé, sur lequel il ne paye aucune charge, puisqu’en tant qu’indépendant nous payons nos charges nous-mêmes…

L’URSSAF, la SECU, la CAISSE DE RETRAITE et bien évidemment les impôts, soit il faut quand même le rappeler environ 40 % de ce qu’on gagne…

(Petit aparté comparatif : j’ai appris il y a très récemment que chez les médecins collaborateurs, c’est eux qui encaissent les honoraires des patients qu’ils voient et en rétrocèdent un pourcentage à leur « patron ». Voila qui parait plus logique mais bon…)

Mais soyez rassurés, nos contrats de collaboration nous offrent quelques avantages :

– le terme de patron n’est jamais employé, puisque notre contrat nous garantit une absence de lien de subordination condition essentielle d’un contrat de travail,

– cinq semaines de congés payés par an,

– quatre mois de congés maternité (mais bon ca c’est nouveau, avant c’était 3 mois)

– et surtout, nous avons la possibilité, ou plutôt notre « patron » doit OBLIGATOIREMENT nous laisser la possibilité de développer notre clientèle personnelle.

L’idée derrière ca est de permettre au collaborateur d’avoir une partie de ses revenus assurés le temps d’avoir assez de clientèle pour poser sa plaque.

Malheureusement, le statut n’a pas évolué et la réalité est bien différente aujourd’hui.

En tout pour mon expérience personnelle où le côté libéral comporte presque que des inconvénients.

C’est le cas quand :

– j’arrive à 9 h 15 un matin et on me demande où j’étais,
– j’ai 95 dossiers pour le cabinet à conclure en 3 mois,
– mes rares clients persos changent d’avocat faute de traitement assez rapide de leur dossier,
– il faut faire la Compta,
– il faut appeler l’URSSAF.

Parce que nous les avocats on a fait droit à la fac. Et après on a fait spécialisation avocat (bon on a appris à faire des mots fléchés mais ca ce sera un autre billet).

On n’a pas fait comptabilité. On n’a pas fait gestion de cabinet. On n’a pas fait gestion de clientèle (ceci est un clin d’œil à Fluorette. Allez lire son livre et son blog, c’est génial).

Et surtout on n’a pas eu de cours pour apprendre à discuter avec l’URSSAF qui est capable de mettre trois ans pour changer votre adresse mais peut vous demander au bout de 3 ans de payer votre arriéré sous 8 jours.

Et surtout on n’a pas appris comment faire pour dire « non » à son patron, pour lui dire qu’il nous faut du temps pour nous laisser développer notre clientèle personnelle au moins un chouia…

Ca vend du rêve non ?

Le concours, le grand oral et les pingouins

C’est la saison de la rentrée, des nouveaux stylos et des cahiers vierges qui sentent bon.

Dans notre monde judiciaire, c’est la saison des concours d’entrée et de sortie de toutes les écoles qui nous forment à nos futurs métiers d’auxiliaire de justice !

C’est la raison pour laquelle j’avais envie de vous faire partager ma journée spéciale d’une fin d’octobre 2007, dans le froid savoyard.

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La journée de mon grand oral.

La dernière journée des années fac.

La dernière journée d’une étape majeur.

La journée liant le passé et l’avenir, l’ancienne étudiante et la future professionnelle !

J’ai écrit ce texte il y a presque sept ans maintenant, le soir même quand je suis rentrée. Je l’avais écrit pour mes proches et mes amis qui n’avaient jamais cessé de croire en moi.

Je lui donne donc une nouvelle vie, m’excusant auprès de ceux qui l’ont déjà lu, et encourageant ceux qui passent leur concours en ce moment, en se demandant ce qu’ils font là…

Moments choisis de cette journée si particulière qui s’est avérée être un samedi avec une convocation à 6 h 50 du matin…

A 5 h 00, je me lève, je file sous la douche et enfile délicatement bas, jupe chemisier… Jusque là tout va bien. J’essaye de ne pas me verser le café sur le chemisier blanc ! Un make-up parfait, maîtrise de l’eye liner 10/10, j’enfile les pieds dans mes pantoufles (non c’est de l’ironie) de 6 cm de haut.

A 5 h 55, je suis dans la rue, mes talons résonnent, je suis entourée de jeunes étudiants complètement bourrés qui rentrent de soirée.

A 6 h 10, je suis à la fac je discute avec les oiseaux et les écureuils ! Je suis en communion avec la nature, il fait nuit ! Je me demande ce que je fous là !

A 6h45 mes partenaires de galère sont arrivés ! Les plaisanteries vont bon train ! « Alors bien dormi ? », « T’es matinal ce matin ! ». Ce genre de banalités qui font que ton stress tu le partages plutôt que de le garder pour toi.

A 6 h 55, nous sommes priés de rentrer dans la salle. Ça y est, on y est, on ne peux plus reculer. C’est maintenant ou jamais. Nous avons une heure pour mettre sur papier toutes nos tripes (oui parce que j ai pas dit que c’est un coeff. 3 donc tu évites de le rater). Je vois le texte : ouf c’est un truc que je connais. Une bulle s’empare de la salle. Et l’heure est déjà finie.

A 8 h 00,  les profs des jurys viennent nous chercher. On ne savait pas qui étaient dans les jurys mais on savait lesquels il fallait craindre. J’ai été la dernière à être appelée donc j’avais eu le temps de bien flipper en voyant passer que des profs « réputés » sympas. Mais la prof qui est arrivée pour m’emmener, elle aime bien les étudiants. Je me lève, je manque de me casser la gueule mais tout va bien, tout est sous contrôle. Que je crois. Ma salle «d’interrogatoire » est deux étages plus bas.

Mais ça y est. Je me dis que c’est mon moment. Je fais mon exposé. Ca passe. 15 minutes pile la classe. Bon commentaire.

Mais les 15 autres minutes sont pour les questions et là ça se corse.

Le jury comprend un avocat et une magistrate en plus d’un prof. Et les questions de la magistrate me laissent sans voix. Les deux premières je ne sais pas de quoi elle parle. Pour les suivantes je m’embrouille. C’est quand que ça fini ?

A 8 h 35, on me dit « Merci mademoiselle » ! Ca y est c est fini ! A cet instant précis le concours prend fin. C’est joué. Le reste ne dépend plus de moi.

La sortie est tremblante ! Les talons vacillent. J’ai froid et je suis de la même couleur qu’un cachet d’aspirine. Mes résultats sont prévus pour 12 h 30 ! Maintenant ça va être long. Une machine à café sans gobelets fini de m’énerver. M’en fous, je suis passée.

Alors je préviens mes camarades qui ont le même jury de faire gaffe aux questions. 4 mecs et 2 filles sommes passés dans ce jury et elle a été aimable qu’avec les mecs  ! Donc je pense que j ai une relativement mauvaise note à mon oral !

A 10 h 00, on est toujours dehors dans le froid, sans café. On va en ville loin du stress ! Boire un vrai café. Les gens nous dévisagent. On traverse le marché. Une armée de « pingouins ».

Et ben ouais on est sapé comme un dimanche. Mais on ne fait pas gaffe. Je n’ai même pas envie de leur faire une grimace. On est dans le coma. On sait pas trop ce qui nous est arrivé ! Mais on a tous des très sales mines. On fait peur à voir !

Mais ce n’est pas grave, nous sommes arrivés jusque là, gardons espoir. Un seul sujet de conversation. On compare nos jurys, nos questions, nos citations bidons. C’est à celui qui a sorti le truc le plus débile. C’est marrant.

A 12h 15, les derniers sont passés. Les délibérations vont commencer. Je raconte des âneries, tout le monde rit jaune. B. Mais l’ambiance est super. On est solidaires.

A 13 h 00, on a toujours froid, on est toujours dehors. On nous a donné des gobelets pour la machine à café. La copine d’un candidat propose d’aller chercher des sandwichs pour ceux qui ont faim. Pas d’amateurs.

A 13h15, on commence à s’impatienter. Un groupe part aux infos. On nous répond « ça va prendre du temps, y a une panne informatique ». On croit à une blague pas drôle. Les mecs tombent la cravate. C’en est trop. Je suis à deux orteils de poser mes chaussures. On fait les 100 pas, on tourne en rond. Des allers et venues en provenance de la salle des profs. Des calculatrices. Ils calculent nos moyennes à la main. Nos proches qui s’inquiètent. Ca nous arrange pas. On a toujours froid.

A 14 h 10, on nous appelle ça y est c’est fait. Les trente dans un amphi. On ne ressent plus rien. Ni stress ni froid. Le doyen lit la liste des noms comme ça froidement devant tout le monde et annonce le verdict : admis ou ajourné. Ca tombe comme un couperet. Les A. Les B. Le début des C. Mais y en a bien beaucoup de noms qui commencent par C. Mon nom «Mademoiselle …. est admise ». Et là un vide d’air dans mon corps. Qu’est ce qui m’arrive. Fin de la liste. Félicitations. Applaudissements. Ca y est c’est fait. C’est fini. Pas de discours, pas de proximité avec les profs. Super… Circulez y a plus rien à voir.

A 14 h 15, on sort de la salle. Les yeux pleins de larmes de joie. C’en était trop. On se prend dans nos bras. On se félicite. C’est fait c’est fini. On est 27 à avoir gagné le droit d’aller à l’école des avocats. On est 27 futurs avocats avec les yeux qui brillent. On est une promo sympa qui se retrouve le 9 janvier à l’Ecole des avocats. On n’y croit pas. C’est fait. On l’a fait.

A 14 h 20, on est au téléphone tous séparément mais dans les 10m² dans lesquels on a attendu nos résultats ensemble. On tourne en rond. C’est drôle.

A 14 h 30, on se dit au revoir une dernière fois, comme si on voulait pas que le moment se termine. Ca semble si réel tous ensemble. Mais faut y aller.

A 15 h 00, j’ai très mal aux pieds. Je sais plus comment je m’appelle, je n’ai pas faim. Je mange des Mikado. On passe une bonne partie de l’après midi au téléphone. Tant de soutien fait chaud au cœur.

A 20 h 30, on fête ça dans un restau. J’ai remis mes ballerines. Dernière soirée tous ensemble puisque après on déménage. Dernière soirée avec ceux avec qui ont a tout partagé pendant presque 4 ans.

A 20 h 40, j’ai bu deux gorgés de Martini blanc et ça tape déjà dans ma tête. Je m’en fous, c’est les vacances. On raconte des bêtises, on dit du mal…

On va boire un verre et encore un. Mais on ne tient plus debout. Le clubbing est au dessus de nos forces. Ironie du sort, on va dans un endroit où j’ai passé mes plus belles soirées dans cette ville étudiante. Plein de souvenirs. On tourne une page. C’est le moment. Çà me convient. C’est ce que je voulais. Finale en beauté. Soirée parfaite.

A 1h30, j’étends sur le lit ce qui reste de vaillant dans mon corps au bout d’une journée qui aura duré plus de 20 h. Je m’endors avec le sourire… Ca y est c’est fait. Je vais pouvoir changer de vie.

Ainsi s’achève le récit de cette journée de dingue. Mes cartons sont prêts. Il est temps d’y aller…

 

Frissons d’assises pour lire à la plage

(ou à la montagne, je ne suis pas discriminante sur vos lieux de vacances)

Si vous être aussi accros aux livres que moi, vous devez connaître les semaines avant les vacances pendant lesquelles on part flâner dans nos librairies préférées à la recherche des romans de notre été et des livres qui auront la chance de partir à la plage ou à la montagne.

Je les achète en général par trois ou quatre, privilégie les polars mais prend toujours un en plus hors ma catégorie de prédilection.

 

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Alors je vous conseille en passant devant, d’attraper le livre de Stéphane Durand-Souffland, Frisssons d’Assises.

L’auteur est chroniqueur judiciaire au Figaro et a couvert de nombreux gros procès d’assises de ces dernières années.

J’ai assez écrit sur ces pages à quel point je n’aimais pas le droit pénal.

Pour autant, les Assises me fascinent et si je devais choisir de faire du pénal ce serait pour justement pour ce « frisson d’assises ».

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Le sous titre du livre c’est « L’instant où le procès bascule ».

L’idée n’est donc pas de raconter des procès dans leur intégralité mais de saisir la particularité d’un moment, de ce moment qui peut avoir une issue sur la décision finale !

J’ai failli passer à côté de ce livre en raison de petites coquilles, difficultés de compréhension de certains passages de l’introduction (oui je sais, je suis exigeante avec les auteurs).

Et puis j’y suis retournée. Histoire par histoire. Procès par procès.

C’est ce genre de livre qu’on peut lire en même temps qu’un autre, se dire « une histoire et après je vais surfer une vague ».

On repart on revient, c’est assez facile.

Outre l’écriture soignée, c’est surtout les descriptions des ambiances qui nous transportent dans les salles d’assises de toute la France.

Tant et si bien qu’en lisant la partie sur l’affaire Hotyat, procès auquel j’ai assisté quasiment dans son intégralité, j’ai eu l’impression d’être encore dans cette salle très particulière et j’ai lu chez Stéphane Durand-Souffland ce que j’avais ressenti pendant ces moments là !

L’auteur n’est tendre ni avec les mauvais procs, ni avec les mauvais avocats tout comme il reconnaît le talent d’un avocat général ou d’un président de Cour.</p

Outreau, Fourniret, Colonna…

Plus que des instants d’audience ce sont des instants de culture générale qui se dégagent de ce bouquin oh combien réussi.

Et à ceux qui prennent la route d’escampette ce soir, je vous les souhaite bien bonnes vos vacances, vous les avez bien méritées !

Mon nom, mon métier et le «grand blanc»

(Non non pas le requin hein).

A l’heure où je tape ce billet, alors que le mois de juillet et l’été se sont installés tranquillement dans nos cabinets nous épargnant audiences, téléphones et mails de client, il semblerait que certains représentants du gouvernement tentent d’avoir notre peau, nous faisant passer pour des incompétents avides d’argent.

C’est donc le bon moment, je trouve (moi et mes 3 autres moi on en a discuté un peu), pour vous parlez du phénomène du « grand blanc ». Pour en avoir parlé avec plusieurs de mes confrères (garçon ou fille), je ne suis pas la seule à avoir vécu cette étrangeté du monde humain.

Il est conventionnellement admis dans notre société que quand on se retrouve avec des gens qu’on ne connaît pas, par exemple à une table à un mariage, les gens s’échangent quelques banalités puis viennent à se poser la question fatidique « Qu’est ce que tu fais dans la vie ? ».

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Je dois avouer que cette question m’angoisse au plus haut point tant et s’y bien que très souvent j’essaye de m’y soustraire où d’empêcher qu’on ne me la pose.

Et toujours à cause du blanc.

Parce qu’inlassablement, systématiquement, implacablement, quelque soit l’interlocuteur, quand je dis « je suis avocat », cette annonce est suivie d’un moment de silence lourd et gêné qui je dois le dire est assez désagréable.

Je me suis posé alors plein de questions pour expliquer ce moment de flottement où les yeux se tournent vers moi.

Petit florilège des mes interrogations et des réponses que j’ai apportées pour éclaircir ce phénomène.

Première question : C’est dans ma tête ?

A force que cela arrive à chaque fois, je me suis dit que ca devait venir de moi. Mes proches étant peu enclins à me croire, je me suis dit qu’il fallait que j’arrête de me faire des films et que je continue à annoncer mon métier, distinctement pour pas que l’on me fasse le répéter.

Par facilité certainement, je m’étais convaincue que cette idée était la bonne jusqu’à ce que les autres autour le remarquent et me fassent la réflexion.

Donc non, ce n’était pas dans ma tête, les gens se taisent après l’annonce de mon métier.

Je ne suis donc pas si folle, mais cela ne me rassure que très peu.

Deuxième question : Ils pensent que j’ai triché à l’examen (d’entrée, de sortie et aussi pendant mes 5 années de fac) ?

Au mot « avocat », l’effet de surprise fonctionne.

Tant et si bien que leurs yeux ébahis et ronds comme des billes me dévisagent.

De mon point de vue et avec toute ma confiance en moi réunie, j’envisage qu’on pense que je mens ou que j’ai acheté un bout de papier aux puces avec marqué avocat dessus.

Que cette blonde en short en jean et tongs (oui ben je ne suis pas non plus tous les jours en robe d’avocat hein) ne peut pas avoir réussi tous les exams sans tricher ou avoir utilisé des méthodes douteuses !

Certains tentent de me reprendre en me disant, « tu veux dire que tu étudies pour devenir avocat » ! Euh non mec, je suis avocat depuis 4 ans…

Je ne compte donc aucunement sur ce réseau là de connaissance pour avoir des dossiers, manifestement, ils doutent de mes compétences.

La réponse à cette question est restée en suspens. Si vous avez des pistes…

Troisième question : je baisse dans leur estime ?

Le temps que leur cerveau intègre que c’est bien mon métier, je lis dans leurs yeux que je viens de perdre 10.000 points sur l’échelle de respectabilité.

En étant avocat, je ne peux que pomper le fric des honnêtes gens pour finalement perdre leurs dossiers ou pire, peut être même que j’ai eu à défendre des pédophiles ou des meurtriers, ce qui me fait passer direct dans les points négatifs.

(Petite parenthèse : les gens qui après ce blanc se permettent de me demander comment je fais pour défendre un violeur, je ne leur adresse plus la parole, mais ca fera l’objet d’un billet à part…)

Quatrième question : les gens sont des malotrus pas dignes de moi ?

Après avoir désespérément retourné la question dans tous les sens, la conclusion qui s’impose à moi est le fait que ce ne vient pas de moi mais des autres.

J’ai essayé toutes les intonations, toutes les attitudes pour l’annoncer.

L’humour, le cynisme, la douceur, la fierté…

Rien n’y fait. Ce blanc gênant s’impose !

Alors je capitule chers malotrus (oui j’aime bien ce mot tellement old school) qui n’êtes pas capables de dire un mot gentil voir même un mot tout court quand vous apprenez mon métier.

Et j’en déduis que le problème ne vient pas de moi mais de vous.

Et ca c’est tant pis pour vous…

Un mot, 5 lettres

Parfois, il y a des billets qu’on ne prend pas le temps d’écrire.

Parfois, ce sont ces billets qui comptent le plus qu’on ne prend pas le temps de partager.

Alors, il m’apparait important de prendre le temps d’un billet pour vous dire MERCI.

Un grand merci du fond de mon petit cœur.

Un grand merci parce que ça fait bientôt 4 mois que le blog est lancé et que la barre des 12.000 visiteurs a été franchie.

Alors oui j’estime que ça vaut bien un billet. Un billet pour vous le dire.

 

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Alors merci à celui qui m’a encouragé à me lancer, m’a aidée pour toute la mise en page et m’encourage au quotidien,

Merci à tous mes amis dans la vraie vie qui n’hésitent pas à me laisser à chaque occasion un petit mot en passant,

Merci à tous mes confrères, docteurs, magistrats, experts et tout le reste de la communauté de Twitter, pour ces échanges enrichissants sur nos métiers respectifs et la vie en général, j’ai l’impression de tous vous connaitre,

Merci à Maitre Roger qui a réalisé à ce jour la plus réussie inteview de moi (http://www.desinformations.com/c-91_portrait-de-la-jeune-avocat-en-tant-que-blogueuse.html),

Merci à tous ceux qui m’ont écrit des petits mots pour échanger sur le blog, les études de droit où le reste de mon métier,

Merci à Zythom pour son billet croisé sur l’expertise judiciaire,

Et plus généralement, un grand merci à vous tous de prendre un peu de votre temps pour lire mes mots.