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Petit guide de survie à l’expertise construction (Part I)

J’ai envie, aujourd’hui de vous parler de mon truc à moi, j’ai nommé l’expertise construction.

Je sais que peu de mes confrères aiment ça.

Alors pour ceux là, j’ai concocté un petit guide de survie en deux parties (pour les avocats et pour les particuliers susceptibles d’avoir un jour une expertise chez eux).

Sachez à titre liminaire que toutes les situations ci-après exposées reposent sur des faits réels que j’ai vécu.

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L’expertise construction où comment devenir dégourdi(e) en trois leçons.

Leçon n° 1 – La préparation du paquetage à emmener

Comme tout départ en goguette, la préparation du nécessaire d’expertise nécessite quelques impondérables. Il ne faut jamais en oublier un seul. JAMAIS.

Il vous faut donc :

– l’adresse précise du lieu de l’expertise : attention certains experts font des blagues et plutôt que de vous donner le numéro de la maison, ils vous donnent le nom de ladite maison (exemple maison « xyz », boulevard de l’océan, Arcachon – le boulevard de l’océan fait 5 km de long, il faut le savoir-),

– bien évidemment un GPS mais bon ça quand même c’est la base sinon vous êtes mort ou vous n’arriverez JAMAIS à l’heure en expertise (enfin sauf si vous avez le sens de l’orientation inclus dans les options de base, ce qui n’est pas mon cas),

– le numéro de portable de l’expert judiciaire pour le prévenir que vous êtes perdu, pour qu’il vienne vous chercher, pour lui dire que vous êtes en retard (rayer la mention inutile),

– un plan Mappy (ou tout autre équivalent) imprimé avec vous. Parce que le GPS connaît pas tous les lieux dits, ni toutes les nouvelles constructions, ou toutes les nouvelles impasses. Alors le plan permet de prendre une rue à proximité, pour pas que l’expert n’ait à venir vous chercher trop loin quand même,

– dans l’idéal une paire de bottes en caoutchouc même si en pratique personne ne les mets, les confrères préférant patauger dans la boue dans leur chaussures de ville en daim ou sur leurs stilletos. Parce qu’après tout, il faut avouer, on fait souvent la déco,

– un téléphone avec une batterie pleine. Parce qu’il y a un mode plan dans les smartphones et que parfois même avec plusieurs modes plans et deux GPS, on trouve quand même pas. Et de la batterie au téléphone ça permet de dire à l’expert qu’on va être en retard, ou qu’il faut venir nous chercher.

Leçon n°2 – Comment s’intéresser à l’objet de l’expertise (sur lequel par définition on connaît rien) et donner le change si on a rien compris

Quand je dis que je fais du droit de la construction, on me parle de permis de construire. Pas du tout, qu’on soit bien clairs hein. Les permis de construire, c’est du droit public, et le droit public c’est pas le même droit (je n’oserai pas dire, pour ne pas froisser les publicistes que c’est pas du droit, mais voilà quoi, ça n’a rien à voir !).

Alors quand je dis construction, ça veut dire que je m’occupe des malfaçons sur les chantiers comme ça c’est plus clair à comprendre.

Et donc en expertise, il y a tout un tas de vocabulaire très technique (du genre faîtage, solive, sous dimensionnement de poutre et mon préféré micropieux).

Et la plupart du temps, vous n’avez pas la moindre idée de ce dont parle le monsieur (enfin l’expert judiciaire).

Dans ce cas là, il faut distinguer deux situations :

– soit vous avez la grande, l’immense chance d’avoir un expert d’assurance avec vous et dans ce cas là, il va non seulement vous traduire dans votre vocabulaire d’avocat (de blonde) tout ce que dit l’expert judiciaire mais en plus il va utiliser des arguments techniques pour contredire l’expert si besoin. Vous pouvez donc discuter tranquillement avec vos copines consœurs aussi en désarroi que vous,

– soit vous devez vous débrouiller tout(e) seul(e) comme un(e) grand(e) sans expert et là ça demande un peu plus d’attention et moins de causeries avec les confrères.

Déjà, il ne faut pas hésiter à dire à l’expert judiciaire si on comprend pas ce qu’il fait ou de quoi il parle. Par définition pour lui vous êtes avocat donc VOUS NE POUVEZ PAS comprendre la technique et son ego sera flatté de vous réexpliquer de manière vulgariser les raisons pour lesquelles la poutre présente un fléchissement anormal. En plus, vos confrères seront contents, parce qu’ils font genre mais ils ne comprennent pas plus que vous.

Ensuite deux phrases clés pour se sauver de deux situations distinctes :

si l’expert abuse un peu quant à l’étendue des constatations qu’il fait (genre les fleurs poussent pas en rang d’oignons), il vous suffira de dire « mais, monsieur l’expert, sauf erreur ce n’est pas dans votre mission« . Tout le monde se plongera alors dans son dossier pour chercher l’ordonnance portant mission et cherchant la légitimité d’un préjudice concernant l’implantation d’un parterre de fleurs. Et comme il n’y en a pas (enfin normalement, si oui, allo quoi),  l’expert judiciaire est recadré et on repart en débat sur la solive et son humidité. Étaiera ? Étaiera pas ? Tout un programme.

– si vous n’avez rien compris à l’expertise, que vous ne connaissez pas votre dossier très bien, que votre client n’est pas là où qu’il vous manque des pièces (rayer la mention inutile – plusieurs réponses possibles) et que l’expert vous demande de vous positionner par rapport au litige et donc que vous en êtes incapable, il suffit de répondre « Monsieur L’Expert, je vous transmettrai la position de mon clients et les pièces utiles par l’intermédiaire d’un Dire« . Les expertises sont comme des parties d’échec, chacun avance son pion prudemment. Et ensuite, chacun rentré dans son bureau les débats s’enveniment par voie de Dire donc (c’est en fait un courrier à l’expert). Mais cela permet de ne pas dire de bêtises sous le coup de la spontanéité et de lire le dossier…

Leçon n°3 – En toutes circonstances, ton sang froid tu garderas et ce :

Même si vous devez sonner dans le mauvais appartement à 9 h du matin et vous faire engueuler par une dame en robe de chambre passablement mécontente,

Même si le terre neuve de 90 kg des gens chez qui vous êtes vous laisse une trace de bave sur votre robe toute neuve,

Même s’il vous faut prendre la parole au milieu de 60 personnes (parmi lesquelles 3 femmes) pour expliquer la position de votre client qui est juste à côté de vous,

Même si vous vous retrouvez au milieu de 10 chiens de chasse qui aboient sans cesse pendant toute la durée de l’expertise,

Même si vous vous faites accueillir par un particulier encore un peu ivre de sa soirée et qu’il menace de vous virer à coup de pieds dans le train si l’expert se dépêche pas,

Même si l’expert se moque de vous quand vous lui faîtes remarquer les traces de doigt sur un faux plafond et qu’il vous demande comment vous préférez qu’il le formule dans son rapport,

Même si le syndic qui arrive avec une heure de retard en grosse bagnole, vous dit qu’en fait il a oublié les clés,

Même si en rentrant dans la chambre à coucher d’un appartement vous vous retrouvez face à un lit et une chambre avec plein de tentures rouges et des sabres japonais partout sur les murs, et même si c’est chez le mec ivre,

Même si l’expert vous dit qu’avec la provision à 6 chiffres versée par votre client, il n’a même pas de quoi vous inviter au Mcdal le midi,

Même si les particuliers en pleine réunion se mettent à balancer des chaises par terre parce qu’ils ne comprennent pas pourquoi leur maison payée 70.000 € ou achetée en kit est en carton (ben parce que c’est en kit..),

Même si les particuliers vous reprochent les malfaçons de votre client alors que bon on est d’accord que c’est pas vous qui avez posé la charpente hein,

Même quand l’expert, en chaussures de ville, manque de tomber du toit,

Même si l’expert propose aux demandeurs ses services post-expertise (…),

Même, si en dernier ressort, vous êtes contraint de demander à un confrère, bien évidemment au moment où tout le monde se tait, comment ouvrir le réservoir d’essence d’une voiture qu’on vous a prêtée,

Même quand le retraité membre du conseil syndical vous dit que quelqu’un peut se tuer dans son immeuble, il s’en fout tant que ça ne lui retombe pas dessus.

Non c’est pas vrai dans ce cas là, vous pouvez péter un plomb !

Et comme sur Twitter on fait connaissance avec des gens géniaux, avec un expert judiciaire informaticien et un expert d’assurance construction, on vous a concocté une petite trilogie de l’expertise de nos 3 points de vue différents !

La suite est donc là :

– pour la vision de l’expert judiciaire c’est chez Zythom que ca se passe,

– pour la vision de l’expert d’assurance, c’est sur La délicatesse du tractopelle que ca se passe.

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Le quartier disciplinaire, le bus et le gardien de prison

On n’a pas parlé de droit pénal depuis longtemps ici et c’est l’occasion de vous raconter un des grands moments de solitude que j’ai vécu à l’occasion d’une petite visite des quartiers disciplinaires d’une maison d’arrêt.

L’histoire commence quelque part entre le 10 et le 15 août. C’est toujours comme ça que ça se passe au mois d’août. Soit il se passe rien du tout. Soit il se passe des grosses galères.

Du genre un référé d’heure à heure le 14 août à 18 h… Je sais que vous voyez de quoi je parle !

J’ai 6 mois de métier de collaboratrice derrière moi, uniquement en expertise construction et référé construction, et un patron en vacances à l’étranger. Sinon c’est pas rigolo.

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Comme je ne gérais pas ses dossiers dans leur globalité, je n’avais pas idée que dans son portefeuille de dossier puisque exister quelque chose comme ça. Spécialité construction, je le rappelle.

Bref, quelque part dans ce mois d’août de ma première année, un fax jaune sur lequel figurait un tampon urgent nous convoquait pour une audience disciplinaire en maison d’arrêt, pour un client de mon boss, trois jours plus tard.

Ce qui veut dire que c’est devenu mon problème.

A cette peu agréable nouvelle était joint un rapport psychiatrique décrivant un jeune de 24 ans, à qui rien n’avait sourit dans la vie. La totale. Battu. Foyer. Alcool.SDF. Suicides ratés.

Quand nous sommes convoqués à l’audience disciplinaire, il se trouve que notre client est en détention provisoire pour le viol d’une personne âgée dans lit d’hopital.

(Pour la petite histoire, il a depuis été jugé et condamné par la Cour d’assises à une peine de 10 ans d’emprisonnement)

Je dérange donc mon boss sur la plage et lui explique que c’est bien gentil tout ça mais que moi dans une prison c’est même pas en rêve.

(Oui je suis avocat mais je vis dans un monde où la prison a un peu du mal à exister. Vraiment la construction, les poutres, les fissures je préfère)

Pourtant il a fallu y aller. A la maison d’arrêt. En bus. J’ai pleuré d’angoisse et pas dormi la veille et les deux jours d’après.

Me voilà donc contrainte de partir à l’audience disciplinaire de la maison d’arrêt de ma ville.

Renseignements pris auprès d’un confrère et ami qui en a rigolé encore longtemps après, j ai pris un bus dont le terminus est « maison d’arrêt ».

Comme c’était pas rigolo juste tout ça, il a fallu que je me retrouve dans ce bus le jour des parloirs familles. Avec plein de petits bouts de chou marchant à peine ou en poussette qui allaient rendre visite à leur père.

Je vous raconte pas le mal de ventre.

Au bout d’un interminable périple, je suis enfin arrivée à destination. Pour ma première fois toute seule dans une prison.

J’ai bien évidemment rien fait comme il fallait, me suis faite remarquer parce que j’avais pas laissé mon téléphone au bon endroit et que j’étais très en avance.

Comme j’ai mis 20 min à trouver le bon endroit, il faut dire que quand il faut attendre 2 min à chaque porte qu’on t’ouvre et te présenter à chaque fois ça prend du temps, j’étais pas si en avance que ça et toujours aussi stressée.

Le truc qui m’a frappé surtout, petit oiseau tombé de mon nid, c’est l’impression que moi aussi j’étais enfermée, car le bruit des grilles qui claquent à chaque passage me donnait l’impression que le bâtiment se refermait de plus en plus sur moi.

Et puis il y a eu l’épisode de la porte. Une porte en haut d’un escalier. La dernière avant d’arriver. Une porte sans poignée, sans sonnette, sans interphone et sans gardien à côté. Une porte avec un secret d’ouverture.

J’ai tout essayé pendant cinq bonnes minutes. Frapper. Appeler. Passer le badge en carton qu’on m’avait donné en bas (oui celui pour le téléphone – j’ai dit déjà que j’étais très stressée ?).

Essayer plusieurs combinaisons avec mes mains. Pour pousser. Pour tirer. Pour faire coulisser. Rien n’y a fait et la porte est restée désespérément close.

Jusqu’à ce que je fasse demi tour pour partir redemander mon chemin.

Et là, magie, la porte s’est ouverte.

Derrière cette porte, trois gardiens pliés en quatre de rire m’ont expliqué qu’il y avait une caméra et qu’ils avaient tout vu.

(Je pense qu’ils se refont régulièrement la vidéo les jours de déprime)

J’ai alors fait comme à chaque fois dans ce genre de situation. J’ai avoué aux gardiens mon inexpérience et mon angoisse. Ils ont moins rigolé pour moi quand j’ai donné le nom de mon client, me laissant présager d’une après-midi difficile.

J’avais demandé à un des gardiens s’il fallait que je porte ma robe. Il m’a dit que si je voulais en imposer un peu au milieu de tout ça, c’était préférable.

J’ai enfilé ma cape sans pour autant ressentir les super pouvoirs qu’on lui attribuait d’habitude !

On m’a amené « mon client ». Ce jeune à peine plus jeune que moi. Qu’il fallait que je défende pour quelques « jeux » qui avaient dégénérés avec son co détenu.

Il m a expliqué son mal être, la dureté de sa vie, la dureté de la prison. Il m’a parlé de ce soir là. Celui pour lequel il était là. Quand les pompiers l’avaient récupéré pour l’emmener dormir à l’hôpital au chaud dans un couloir. Et comment il a eu une envie soudaine cherchant de quoi l’assouvir dans la première chambre venue, habitée par une dame de 84 ans, souffrant d’alzheimer.

Je ne savais que répondre à ce personnage en face de moi tant j’étais désarmée devant tout ça.

Il m’a toutefois parlé de son traitement dans l’unité de soins psychiatriques de la prison. De comme c’était important pour lui de parler et aussi d’être tout seul dans une cellule.

Je dois souligner que la prévenance et la gentillesse des gardiens cet après-midi là m’ont bien aidé à prendre la situation avec humour.

J’ai donc plaidé pour le client et sa violation du code disciplinaire de la prison.

J’ai surtout insisté sur le fait qu’un enferment au « mitard » mettrait un terme aux progrès faits avec les psychologues et qu’un tel isolement n’aiderait pas à soigner ses tendances suicidaires.

Du coup, il a été sanctionné d’un isolement de 15 jours avec sursis.

Il m’a remercié, serré la main, et je suis vite repartie dans mon monde dans lequel la prison n’existe pas.

Non sans croiser sur le chemin de ma liberté retrouvée les petits bouts de chou du bus qui attendaient dans la salle d’attente qu’on veuille bien les emmener voir leurs papas…

La femme du doc et le bouquet de fleurs

Même si le droit civil n’est pas celui qu’on voit à la télé, il est indéniable qu’il existe, d’un point de vue juridique, des dossiers très intéressants et parmi ceux que je préfère, il y a ceux qui touchent à l’essence même des contrats.

Ce dossier était aussi particulier parce qu’il touchait un peu aux personnes et il me tenait particulièrement à cœur.

Je l’ai tout de suite bien aimé ce dossier. Je ne sais pas pourquoi ca ne se commande pas les dossiers que tu aimes ou pas.

 

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Il avait une couverture rose un peu abîmée sur les coins et n’était pas trop volumineux, ce qui est également un critère pour aimer ou non un dossier.

Je l’ai encore plus aimé le jour où j’ai rencontré la femme du docteur.

C’était un dossier d’humain et de droit, un dossier de gens et de contrats, et pour une fois cela ne m’a pas dérangée.

L’histoire juridique de ce dossier, c’est un bête et méchant contrat de location d’un appareil de radiographie dernier cri.

Le contrat était souscrit entre une société de location de copieurs, une banque pour le financer et mon client (enfin celui du cab), radiologue donc.

(Petit aparté : du fait de mon statut dirons nous « à part » sur lequel je ferai un billet un jour, j’ai des clients à moi et des clients à « mon boss » ou dis « du cab ». Précisons ici que par défaut, il s’agit de ceux du cab…)

Il était souscrit pour une durée de 5 ans avec des mensualités relativement importantes et comprenait tout plein de nombres à 5 chiffres, si ce contrat venait à être résilié, et bien évidemment c’était écrit en toutes petites lettres dans des non moins petits paragraphes.

Parce que sache-le, résilier un contrat de location avant le terme, c’est mal !

Le docteur a développé un vilain crabe qui l’a empêché d’exercer.

Il a donc fait savoir au financeur qu’il convenait de résilier le contrat de location du fait de sa maladie.

Les cocontractants ont accepté la résiliation sous réserve du règlement des loyers restant dus jusqu’au terme du contrat outre quelques pénalités, soit un total d’environ 100.000 €.

L’appareil de radiologie a ensuite été vendu aux enchères et son prix est venu diminuer le montant de la dette.

Toujours est-il que le docteur s’est vu assigné en paiement des indemnités de résiliation à hauteur de 70.000 €.

L’histoire humaine de ce dossier, c’est l’histoire d’un médecin qui n’a pas de revenus suffisants pour assumer le paiement des mensualités d’un contrat qu’on lui avait fait souscrire et d’un homme qui se bat contre la maladie pour rester en vie pendant que sa femme se bat pour qu’ils ne soient pas sur la paille une fois que son mari sera guéri.

Pendant toute la durée du dossier, je n’ai rencontré, échangé, eu au téléphone que la femme du docteur.

C’est une toute petite femme, la femme du doc, d’une politesse et d’une courtoisie extrêmes.

Il a donc fallu faire des recherches, échanger avec mon boss et faire preuve d’un peu d’imagination pour trouver un fondement juridique pour éviter que le docteur ne doive payer une indemnité, et pour ne rien vous cacher j’étais assez pessimiste quant aux chances de succès.

Mon boss et moi avons opté pour deux fondements juridiques, la force majeure en raison de la maladie et le défaut d’information pour absence d’assurance.

Nous étions en désaccord car moi j’avais opté pour le premier fondement et mon boss pour le second.

Les juristes qui lisent savent qu’à ce stade j’avais tort. Pour les non juristes, il faut savoir que pour que la force majeure soit admise, elle doit répondre à trois critères : imprévisibilité, extériorité à la personne du débiteur, irrésistibilité. En gros c’est cas de grève générale, tsunamis ou guerre. Quasi jamais quoi.

J’avais toutefois de la jurisprudence qui allait dans mon sens.

Mon boss a plaidé le dossier, en présence de la femme du doc, et je suis quasiment sûre qu’il n’a plaidé que sur le défaut d’information.

S’en est suivie une longue attente de la décision.

Et surprise quand elle est arrivée. Nous avions gagné et les demandeurs étaient déboutés de toutes leurs demandes, et mon doc malade condamné à rien.

Sur le fondement de la force majeure (danse de la joie).

(Pour les juristes que ça intéresse, le magistrat a considéré que la maladie avait les caractéristiques de la force majeure car la maladie était extérieure au contrat – oui, je sais-).

J’ai donc du expliquer à la femme du doc qu’au vu de la motivation « olé olé » du jugement, un appel était très certain et qu’il faudrait nous rebattre.

 

Nous avons donc attendu patiemment les 30 jours qui séparent la signification par huissier de l’expiration du délai d’appel.

 

Nous avons attendu encore quelques jours de plus, car c’était les vacances de Noel, histoire d’être certains, histoire de ne pas donner de faux espoirs.

 

Et puis le petit bout de papier est arrivé. C’est une feuille tamponnée par le greffe. Ca s’appelle un certificat de non appel.

Ca te dit qu’ON A GAGNE. C’EST FINI. GAME OVER (Re danse de la joie).

J’ai alors appelé la femme du docteur pour lui annoncer. Comme un petit soleil, elle m’a dit que c’était le jour de son anniversaire, que je ne pouvais pas lui faire plus beau cadeau et que je venais de sauver la vie de son mari.

J’ai annoncé la bonne nouvelle à mon patron qui a pris son dictaphone et dicté une facture.

Et plutôt que de contester les honoraires, la femme du doc a envoyé le chèque et un gentil courrier me remerciant pour ma gentillesse et ma qualité d’écoute.

J’ai mis un peu d’humain dans ce dossier parce qu’il en fallait pour bien faire mon travail.

Juste une petite pincée, ni trop ni trop peu. Juste la petite pincée qui fait la différence.

Et puis quelques semaines après, elle a appelé pour savoir si j’étais au cabinet ce jour là.

Et elle est arrivée avec un énorme bouquet de fleurs.

Juste pour moi les fleurs.

 

« T’es sûr qu’elle est bien ? »

A J – 4 de mes 30 ans (vous n’avez donc pas d’excuses pour oublier), j’avais envie de vous raconter une difficulté récurrente inhérente à mon statut de « jeune femme ».

En effet, j’ai souvent parfois l’impression qu’ils ne me considèrent pas comme crédible en tant qu’avocat.

D’après ce que j’ai vu, mes consœurs de Twitter souffrent du même syndrome, ce qui m’a fait me sentir un peu moins seule je dois l’avouer.

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A titre liminaire et pour les non connaisseurs, on nous appelle le ou la collaborateur (trice) d’un Me X.

Or, il faut le reconnaitre la terminologie n’est pas seyante. Parce que personne ne comprend directement que si t’es la collaboratrice de Me X, ca induit que tu es également avocat. Je veux dire à part entière.

Pas un avocat stagiaire, pas un stagiaire tout court, pas une assistante, pas un paillasson.

En fait ca veut dire que tu es avocat.

Les bases de vocabulaires posées, la petite histoire que je vais vous raconter s’est passée un vendredi soir pluvieux du mois de mars.

La journée avait pourtant bien commencée, comme un vendredi et j’avais envisagé de partir tôt le soir.

Vendredi pluvieux oblige, pas de rendez-vous de prévu et le Friday wear étant tendance, j’étais pas en tailleur /escarpins et je pense que ca n’a pas aidé.

Un peu avant midi, Me X, dont je suis la collaboratrice donc, vient me dire que « si » je suis disponible, ce serait bien que j’assiste à un rendez vous à 17 h le soir même.

Je lui explique que je ne suis pas disponible, il me répond qu’il faut absolument que je sois là (tu le vois bien là le lien de subordination ?).

Il argumente pour me convaincre en me disant liquidation judiciaire, 5 min, audience dans 3 jours, tu iras.

Je plie.

Je me présente donc au rendez vous et je me retrouve face à 4 personnes, toutes masculines, 3 associés d’une société et leur expert comptable.

Dire que je ne me suis pas sentie à ma place est bien inférieur à ce que j’ai ressenti.

Mon « patron » qui ne sera pas là le jour de l’audience m’explique, devant les clients, que je vais devoir aller plaider la liquidation directe de la société et que les clients sont très embêtés que ce soit moi qui y aille.

Boum dans les dents, première.

Des fois que je n’arrive pas à lire le dossier par moi-même, nous l’avons relu tous ensemble et à chaque élément « crucial », Me X me disait « c’est ca qu’il faut plaider » et un des gérants répétait après chaque phrase en articulant et détachant chacune des syllabes : « Vous av-ez bi-en com-pris Made-moiselle ? ».

J’aurais bien répondu que je préférerais qu’il m’appelle « Maître » plutôt que « Mademoiselle » mais malheureusement j’ai pas osé.

Boum dans les dents, deuxième.

J’ai toute suite sentie qu’il ne m’aimait pas et qu’il n’avait pas confiance. Du coup, je me suis dissoute petit à petit dans mon fauteuil.

Le rendez vous s’éternisant, la nuit était depuis tombée, deux heures étaient passées (je me doutais que les 5 minutes c’était pour m’amadouer) et mon amour propre parti se cacher six pieds sous terre.

Le rendez vous se termine enfin sans que je me mette à pleurer de ce manque de confiance que l’on daigne m’accorder.

Je sers la main aux clients, demande qui sera présent à l’audience, on me redemande si j’ai bien tout compris et si je me sens de plaider le dossier.

Et puis le coup fatal arriva sans que je l’attende.

J’appelle l’ascenseur pendant que Me X échange encore deux trois mondanités avec mon désormais ami, et là je l’entends qui lui demande, à 2 mètres, de moi « Mais t’es sûr qu’elle est bien ?».

Boum dans les dents. Bouquet final.

Epilogue : j’ai appris, après que l’audience se soit très bien passée, parce que manifestement je ne suis pas aussi nulle que ce que je semble laisser paraître, que jusqu’au matin même de l’audience, les clients avaient supplié Me X de ne pas envoyer à l’audience et de demander un renvoi.

Par courtoisie, et pour ne pas que je me sente encore plus mal, Me X a évité de me le dire avant l’audience.

Et le pire dans tout ça c’est que les clients étaient très satisfaits de ma prestation à l’audience.

Nah !

Gisèle Halimi, la robe et le serment

En commençant cette histoire, je repense au film de Cédric Klapisch, L’auberge espagnole, à ce moment où Romain Duris a du mal à faire commencer son roman.

Alors oui devenir avocat c’est plein d’histoires qui se passent avant mais qui font qu’on est devenu « ça ».

Alors par où commencer ?

Le jour où, une seconde ratée, mes rêves de carrière scientifique ont pris fin.

Où ce jour encore plus farfelu où mon acolyte de fac m’a convaincue de passer le concours d’entrée à l’école, où alors ce moment dans l’amphi de la fac où à côté de notre nom figurait admis où encore à cette soirée à la préfecture où on m’a appelé sur une estrade pour que je vienne chercher mon diplôme.

13831_216681941066_592412_n(oui je suis quelque part sur cette photo ;-))

Et puis, l’autre jour, en voyant cette photo de moi trônant fièrement chez mes parents, il est devenu évident que j’étais devenue avocat ce jour là.

C’est une matinée de décembre. Juste quelques jours avant Noël de l’année 2009. Le réveil avait sonné tôt mais la nuit n’avait pas été très profonde.

Un stress mêlé à l’excitation. Un mélange difficile à cerner. Mais précisément ce qui était notre essence pour ce jour si particulier.

Pour ce jour où j’allais prêter serment.

Petite particularité de mon barreau, contrairement à beaucoup d’endroits, il nous fallait le répéter en entier le serment. Je l’avais appris, regardé.

J’avais absorbé ces 5 mots qui comme ça sont remplis de sens, pour ne pas oublier l’un seul de ces grands principes.

Même si plus tard, on se rend compte que ces mots ne sont rien d’autre que des mots et que malheureusement, pour un trop grand nombre de mes confrères, ont perdu sens et essence.

Toujours est-il que j’ai fini par arriver dans le Tribunal de Grande Instance (la Cour d’appel étant en travaux pour les maniaques du protocole).

Nous étions 138 à prêter serment ce jour là.

Il y a eu beaucoup de rires ce matin là. On a tous boutonné notre robe pour la première fois et autant vous dire que ce n’était pas évident.

Beaucoup de mardis se sont retrouvés à fricoter avec des vendredis mais on a bien ri et c’était le principal à ce moment là.

Et puis en plus de tout, je veux dire d’être en robe noire, gants blancs, les membres de notre famille juste au dessus de nous, au milieu de tous mes copains, nous avons eu la chance, dans ma promo d’avoir une marraine assez exceptionnelle.

Puisque Gisèle Halimi a non seulement accepté notre invitation pour être la marraine de notre promotion (on ne lui a pas parlé de l’ours hein, elle aurait dit non), mais également notre invitation pour venir à notre prestation de serment.

J’avoue mon ignorance, je ne connaissais pas Gisèle Halimi le jour où on a décidé que notre promo porterait son nom.

J’ai rattrapé mon retard depuis et me suis renseignée sur le parcours de cette femme assez exceptionnelle.

Enfin, bon l’important dans tout ca c’est qu’elle est venue.

Ses 80 ans passés, elle nous a fait l’honneur de rendre cette matinée de prestation de serment magique.

On nous a dit qu’elle arrivait alors qu’on était déjà tous alignés en rang d’oignons par ordre alphabétique dans cette gigantesque salle d’audience.

On nous a répété « elle arrive ». Et d’un seul mouvement, sans concertation, on s’est levé, et avec nos gants blancs, on s’est mis à applaudir fort, très fort.

Et elle est arrivée. Toute petite par rapport à son histoire, coupe blonde, cheveux au carré.

Elle a rempli la salle de sa présence et s’est inclinée devant nous pour nous saluer.

Elle nous a regardé défiler, chacun notre tour, réciter notre serment et appréhender, la main dégantée, le poids de leur sens.

Et puis, l’espace d’un instant, on a eu une frayeur. Dans l’excitation de l’organisation, nous avions omis de solliciter l’autorisation du président de la Cour d’Appel pour que Mme HALIMI puisse prendre la parole.

La rumeur a enflé dans les bancs, mais pas très longtemps, qu’elle n’aurait peut être pas droit à la parole pour cause de « non respect du protocole » (et là on peut dire non mais allo, c’est Gisèle Halimi et tu lui donnes pas la parole, non mais allo – mais c’était pas encore en vogue à l’époque*).

Mais, le président lui a offert la parole. Et la magie a opéré à ce moment là.

Cette journée, pour moi, s’est cristallisée au moment où Gisèle Halimi, micro en mains, nous a regardé, les 138 et nous a dit « mes chers filleuls ».

Malheureusement, je ne me souviens pas de tous les éléments du discours mais je sais qu’elle nous parlé de ses combats et nous absorbions ses paroles, surpris que de telles actes puissent émaner de ce petit bout de femme qui se trouvait devant nous.

(En écrivant ce billet, par le plus grand des hasards, je suis tombée là-dessus, j’ai halluciné et admis que mon confrère Ribaut-Pasqualini, qui était là, avait écrit ce dont je me souviens plus).

Ce jour là, je me suis sentie appartenir à ce groupe, à ce métier, et au sens de mots de ce serment.

C’est le jour, un jour de décembre 2009, où j’ai juré d’exercer mes fonctions avec « dignité, conscience, indépendance, probité et humanité ».

Ce jour là, je suis devenue avocat.

*Pour me situer dans l’histoire, je suis plutôt de l’époque « C’est quoi le « tim » »

Les audiences de procédures collectives ou le spleen du mercredi soir

Des fois, on a un peu tendance à comparer les jeunes avocats et les jeunes médecins.

Moi la première, quand je lis les jolis mots des jeunes médecins de la blogosphère, je me reconnais quelques fois, tant avec ceux qui exercent en libéral et les galères que ça impose que ceux qui travaillent en milieu hospitalier et tout ce que cela implique en terme de relations avec les institutions.

ImageMais il y a à mon sens une différence majeure que mon ancien patron me répétait assez souvent.

A chaque petite erreur, il me disait que si j’étais un médecin, mon patient serait mort.

Alors il est vrai que la grande différence est que mes actions et mes choix dans mon métier n’ont pas d’incidence sur la vie ou la mort de mes clients.

Sauf le mercredi après-midi. A l’audience des procédures collectives.

Pour les non juristes, les procédures collectives sont des procédures mises en place pour les entreprises en difficulté afin de leur permettre d’essayer de se sortir de leurs difficultés financières.

Cela consiste en le gel des dettes et la surveillance plus ou moins poussée de la vie de l’entreprise.

Il y a toutefois deux issues. Soit la société est sauvée et peut reprendre sa petite vie normale de société après avoir réappris à respirer toute seule ou alors l’entreprise est liquidée et là c’est terminé.

Alors à l’audience du mercredi après midi, même si je ne suis pas médecin, on parle beaucoup de vie et de mort.

Et pourtant j’aime y aller à cette audience, même si elle me mine pas mal le moral.

Il faut dire qu’en général, je suis convoquée à 16 h le mercredi. Et je sais qu’il y a une audience à 13 h 30 et une à 14 h 30.

Il y a toujours une vingtaine de dossiers à celle de 14 h 30.

Et bien évidemment, ca dépasse toujours sur celle de 16 h. A l’audience de 16 h, il y a toujours une trentaine de dossiers. C’est beaucoup.

C’est une trentaine de dossier d’entreprises sous assistance respiratoire.

L’audience de 16 h commence rarement avant 17 h, voire 18 h les mauvais mercredis.

Pour mes 4 ans et demi de barre, l’audience termine jamais avant 20 h même les moins mauvais mercredis.

Il n’y a que très peu de places assises dans la salle d’attente comparé aux nombres de gens qui attendent.

Bizarrement, il n’y a que très peu d’avocats comparé aux nombres de gens qui attendent.

Ils sont appuyés contre les murs à attendre, ils demandent aux quelques avocats présents des renseignements et quoi dire à l’intérieur.

On leur explique qu’on ne peut pas grand-chose pour eux ne connaissant pas leur dossier.

Ils se demandent simplement combien de temps va durer leur agonie.

Ces dirigeants d’entreprise qui se battent pour garder la tête hors de l’eau sortent souvent de cette immense salle les larmes aux yeux, quand tout est fini.

C’est une salle dans laquelle il y a des décès, des rémissions et des guérisons.

C’est une salle dans laquelle j’ai des fois l’impression d’avoir une petite influence sur la vie, la mort.

Il y a eu cette fois où on a gagné. Les analyses étaient bonnes, tous les indicateurs au vert, le Tribunal a permis à la société de redémarrer une nouvelle vie, sans la surveillance qui avait été mise en place jusque là. J’étais fière de moi ce jour là, j’avais plaidé pour sauver une entreprise et les huit employés qui y travaillaient.

C’est avec un petit pincement au cœur que j’ai appris il y a quelques jours qu’il y avait eu une rechute et que cette société était désormais liquidée.

Il y a eu ce dossier où on a demandé directement au tribunal de liquider la société, les fournisseurs ayant désertés, le magasin était vide de tout bien à vendre, privant ainsi la société de tout moyen de générer du chiffre d’affaires.

Il y a eu cette société que j’ai accompagnée 4 ou 5 mercredis pour faire à chaque fois un point avec le tribunal sur l’avancée de la situation. Plein d’espoir sur une issue favorable durant les longues heures d’attente et plein de désespoir après les avis négatifs du tribunal qui ont conduit encore une fois à la fermeture de la société et probablement à la vente de la maison du dirigeant pour solder les dettes.

Il y a beaucoup trop de souffrance et de tristesse à l’audience du mercredi et pourtant j’aime y aller, parce que de temps en temps, un bon mercredi, il y aura une société de guérie pour compenser toutes les autres disparues.

La technique infaillible de l’ours qui se gratte le dos

Si je devais parler de ma formation au sein de l’école des avocats, je serais très mitigée quant à sa qualité et à son contenu.

J’eus la naïveté de penser, et ce jusqu’au lendemain de la rentrée, que les 6 mois de formation dite « initiale » allaient m’apprendre l’essence de mon métier.

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(Crédit Photo Glacier NPS)

Faire une assignation, gérer un client, plaider, facturer, recouvrer, quels papiers faire signer quand et à qui pour une AJ, tout ça tout ça…

Tout ce qu’on ne sait simplement pas faire quand tu sors de l’école des avocats.

Un jour alors que je discutais avec un groupe de comédiens, certains m’ont dit que ca leur plairait, à défaut d’être avocat, de donner des cours de théâtre dans les écoles d’avocat.

Bien que trouvant l’idée très bonne, j’ai brisé leur rêve leur expliquant que cours de théâtre dans les écoles d’avocat (en tout cas dans la mienne), il n’y avait malheureusement point.

Et devant leurs mines surprises, je ne pu m’empêcher de leur raconter la technique de l’ours qui se gratte et des « enseignements » que l’école des avocats avait cru utile de nous dispenser ce jour là.

Je me suis quand même demandé, l’espace d’un instant, si on ne s’était pas un peu moqué de nous ce jour là.

D’ailleurs, en écrivant ce billet, je me suis aussi demandé si cela était bien arrivé, tellement aujourd’hui je trouve ca aberrant !

Le module de formation s’appelait « Apprendre à contrôler sa voix ».

Jusqu’ici tout va bien, c’est un peu 50% de notre métier que de savoir parler…

L’intervenante est une orthophoniste et a donc pour mission de nous aider, selon le titre, à bien respirer et à bien adapter notre voix au contexte pour faire passer nos messages !

Naïve que je suis !

Tout d’abord dans le cours contrôler sa voix, de voix il n’y aura point puisque durant les deux sessions de formation à aucun moment il ne nous a été donné de parler !

Mais de quoi me plains-je puisque ce jour là il m’a été donné l’occasion de faire l’ours.

Alors cette orthophoniste, peut être très douée dans son domaine, est venue, sans ciller, expliquer à 170 futurs avocats entre 25 et 35 ans, que pour bien se détendre avant de plaider et ainsi avoir une voix claire, posée et distincte durant tout un exposé oral, il suffit d’un mur sur lequel on peut s’adosser.

Dès identification de ce mur, prenons par exemple un grand mur d’une salle des pas perdus (parce qu’au milieu de plein de gens c’est drôlement plus rigolo), il suffit d’y poser son dos et de se frotter de haut en bas et de droit à gauche « à la manière d’un ours qui se gratte le dos contre un arbre ».

Cette technique ancestrale fait apparemment recette et permet aux avocats, avant une plaidoirie se mettre leur voix en condition.

(Je vois bien que vous rigolez là bas au fond, c’est normal)

Ceux qui me connaissent se doutent bien qu’il fut difficile pour moi de rester stoïque mais je prenais sur moi pour ne pas l’ouvrir.

Malheureusement, l’occasion m’a été donné de prendre la parole puisque l’intervenante ma demandé mon avis sur la technique de l’ours.

Je ne pu m’empêcher de lui répondre que je ne voyais pas bien de un l’intérêt du cours et de deux avant de plaider de demander un petit délai au magistrat le temps que je me frotte le dos contre un mur (ben oui on m’a appris ça à l’école Monsieur Le Président – si, si je vous jure) afin de permettre une clarté de mon discours.

Je me voyais donc expliqué une nouvelle fois que cela permettait d’éclaircir la voix.

J’ai beau essayé de comprendre je ne vois pas bien le lien.

Mes petits camarades se marrent sous cape et mon professeur du jour abandonne sa démonstration voyant le peu d’effet qu’elle produit sur moi.

Il n’empêche que nous ne nous sommes pas arrêtés en si bon chemin.

Puisque ensuite nous avons imité un skieur de fond et un chien qui lève la patte… Si si…

Malheureusement comme nous n’avons utilisé ce jour là ni notre voix ni notre respiration utilement, je ne peux pas vous donner les résultats des tests avant après grattage de dos et leur influence sur ma voix quand je plaide !

J’eus été tenté d’aller poser la question à un spécialiste de la technique, le Grizzli du zoo d’à côté, mais je crois que les ours ça parle pas.

Enfin je suis plus très sure vu ce qu’on m’a appris dans mon école des avocats…