Auteur : eclatdavocat

Le concours, le grand oral et les pingouins

C’est la saison de la rentrée, des nouveaux stylos et des cahiers vierges qui sentent bon.

Dans notre monde judiciaire, c’est la saison des concours d’entrée et de sortie de toutes les écoles qui nous forment à nos futurs métiers d’auxiliaire de justice !

C’est la raison pour laquelle j’avais envie de vous faire partager ma journée spéciale d’une fin d’octobre 2007, dans le froid savoyard.

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La journée de mon grand oral.

La dernière journée des années fac.

La dernière journée d’une étape majeure.

La journée liant le passé et l’avenir, l’ancienne étudiante et la future professionnelle !

J’ai écrit ce texte il y a presque sept ans maintenant, le soir même quand je suis rentrée.

Je l’avais écrit pour mes proches et mes amis qui n’avaient jamais cessé de croire en moi.

Je lui donne donc une nouvelle vie, m’excusant auprès de ceux qui l’ont déjà lu, et encourageant ceux qui passent leur concours en ce moment, en se demandant ce qu’ils font là…

Moments choisis de cette journée si particulière qui s’est avérée être un samedi avec une convocation à 6 h 50 du matin…

A 5 h 00, je me lève, je file sous la douche et enfile délicatement bas, jupe chemisier… Jusque là tout va bien. J’essaye de ne pas me verser le café sur le chemisier blanc ! Un make-up parfait, maîtrise de l’eye liner 10/10, j’enfile les pieds dans mes pantoufles (non c’est de l’ironie) de 6 cm de haut.

A 5 h 55, je suis dans la rue, mes talons résonnent, je suis entourée de jeunes étudiants complètement bourrés qui rentrent de soirée.

A 6 h 10, je suis à la fac je discute avec les oiseaux et les écureuils ! Je suis en communion avec la nature, il fait nuit ! Je me demande ce que je fous là !

A 6h45 mes partenaires de galère sont arrivés ! Les plaisanteries vont bon train ! « Alors bien dormi ? », « T’es matinal ce matin ! ». Ce genre de banalités qui font que ton stress tu le partages plutôt que de le garder pour toi.

A 6 h 55, nous sommes priés de rentrer dans la salle. Ça y est, on y est, on ne peux plus reculer. C’est maintenant ou jamais. Nous avons une heure pour mettre sur papier toutes nos tripes (oui parce que j ai pas dit que c’est un coeff. 3 donc tu évites de le rater). Je vois le texte : ouf c’est un truc que je connais. Une bulle s’empare de la salle. Et l’heure est déjà finie.

A 8 h 00,  les profs des jurys viennent nous chercher. On ne savait pas quels profs étaient dans les jurys mais on savait lesquels il fallait craindre. J’ai été la dernière à être appelée donc j’avais eu le temps de bien flipper en voyant passer que des profs « réputés » sympas. Mais la prof qui est arrivée pour m’emmener, elle aime bien les étudiants. Je me lève, je manque de me casser la gueule mais tout va bien, tout est sous contrôle. Que je crois.

Ma salle «d’interrogatoire » est deux étages plus bas.

Mais ça y est. Je me dis que c’est mon moment. Je fais mon exposé. Ca passe. 15 minutes pile la classe. Bon commentaire.

Mais les 15 autres minutes sont pour les questions et là ça se corse.

Le jury comprend un avocat et une magistrate en plus d’un prof. Et les questions de la magistrate me laissent sans voix. Les deux premières je ne sais pas de quoi elle parle. Pour les suivantes, je m’embrouille. C’est quand que ca se termine ?

Je réponds « je ne sais pas à une question ». Je suis dévisagée. Impertinente toujours, je répète que je préfère dire « je sais pas » plutôt que d’inventer.

A 8 h 35, on me dit « Merci mademoiselle » ! Ca y est c’est fini ! A cet instant précis le concours prend fin. C’est joué. Le reste ne dépend plus de moi.

La sortie est tremblante ! Les talons vacillent. J’ai froid et je suis de la même couleur qu’un cachet d’aspirine. Mes résultats sont prévus pour 12 h 30 ! Maintenant ça va être long. Une machine à café sans gobelets finit de m’énerver. M’en fous, je suis passée.

Alors je préviens mes camarades qui ont le même jury de faire gaffe aux questions. 4 mecs et 2 filles sommes passés dans ce jury et elle a été aimable qu’avec les mecs  ! Donc je pense que j ai une relativement mauvaise note à mon oral !

A 10 h 00, on est toujours dehors dans le froid, sans café. On va en ville loin du stress ! Boire un vrai café. Les gens nous dévisagent. On traverse le marché. Une armée de « pingouins ».

Et ben ouais on est sapé comme un dimanche. Mais on ne fait pas gaffe. Je n’ai même pas envie de leur faire une grimace. On est dans le coma. On sait pas trop ce qui nous est arrivé ! Mais on a tous des très sales mines. On fait peur à voir !

Ca fait quasi deux mois que ce putain de concours est commencé. Plus d’un an pour les plus chanceux qu’on le travaille. Des années de plus pour ceux qui l’ont déjà tenté.

Mais ce n’est pas grave, nous sommes arrivés jusque là, gardons espoir.

Un seul sujet de conversation. On compare nos jurys, nos questions, nos citations bidons. C’est à celui qui a sorti le truc le plus débile. C’est marrant.

A 12h 15, les derniers sont passés. Les délibérations vont commencer. Je raconte des âneries, tout le monde rit jaune. Mais l’ambiance est super. On est solidaires.

A 13 h 00, on a toujours froid, on est toujours dehors. On nous a donné des gobelets pour la machine à café.

La copine d’un candidat propose d’aller chercher des sandwichs pour ceux qui ont faim. Pas d’amateurs.

A 13h15, on commence à s’impatienter. Un groupe part aux infos. On nous répond « ça va prendre du temps, y a une panne informatique ». On croit à une blague pas drôle. Les mecs tombent la cravate. C’en est trop. Je suis à deux orteils de poser mes chaussures. On fait les 100 pas, on tourne en rond.

Des allers et venues en provenance de la salle des profs. Des calculatrices. Ils calculent nos moyennes à la main. Nos proches qui s’inquiètent. Ca nous arrange pas. On a toujours froid. On est toujours dehors.

A 14 h 10, on nous appelle ça y est c’est fait. Les trente dans un amphi. On ne ressent plus rien. Ni stress ni froid. Le doyen lit la liste des noms comme ça froidement devant tout le monde et annonce le verdict : admis ou ajourné. Ca tombe comme un couperet. Les A. Les B. Le début des C. Mais y en a bien beaucoup de noms qui commencent par C. Mon nom «Mademoiselle …. est admise ». Et là un vide d’air dans mon corps. Qu’est ce qui m’arrive. Fin de la liste. Félicitations. Applaudissements. Ca y est c’est fait. C’est fini. Pas de discours, pas de proximité avec les profs. Super… Circulez y a plus rien à voir.

A 14 h 15, on sort de la salle. Les yeux pleins de larmes de joie. C’en était trop. On se prend dans nos bras. On se félicite. C’est fait c’est fini. On est 27 à avoir gagné le droit d’aller à l’école des avocats. On est 27 futurs avocats avec les yeux qui brillent. On est une promo sympa qui se retrouve le 9 janvier à l’Ecole des avocats. On n’y croit pas. C’est fait. On l’a fait.

A 14 h 20, on est au téléphone tous séparément mais dans les 10m² dans lesquels on a attendu nos résultats ensemble. On tourne en rond. C’est drôle.

A 14 h 30, on se dit au revoir une dernière fois, comme si on voulait pas que le moment se termine. Ca semble si réel tous ensemble. Mais faut y aller.

A 15 h 00, j’ai très mal aux pieds. Je sais plus comment je m’appelle, je n’ai pas faim. Je mange des Mikado. On passe une bonne partie de l’après midi au téléphone. Tant de soutien fait chaud au cœur.

A 20 h 30, on fête ça dans un restau. J’ai remis mes ballerines. Dernière soirée tous ensemble puisque après on déménage. Dernière soirée avec ceux avec qui ont a tout partagé pendant presque 4 ans.

A 20 h 40, j’ai bu deux gorgés de Martini blanc et ça tape déjà dans ma tête. Je m’en fous, c’est les vacances. On raconte des bêtises, on dit du mal…

On va boire un verre et encore un. Mais on ne tient plus debout. Le clubbing est au dessus de nos forces. Ironie du sort, on va dans un endroit où j’ai passé mes plus belles soirées dans cette ville étudiante. Plein de souvenirs. On tourne une page. C’est le moment. Çà me convient. C’est ce que je voulais. Finale en beauté. Soirée parfaite.

A 1h30, j’étends sur le lit ce qui reste de vaillant dans mon corps au bout d’une journée qui aura duré plus de 20 h. Je m’endors avec le sourire… Ca y est c’est fait. Je vais pouvoir changer de vie.

Ainsi s’achève le récit de cette journée de dingue. Mes cartons sont prêts. Il est temps d’y aller…

Il est temps.

De Devenir avocat.

 

Frissons d’assises pour lire à la plage

(ou à la montagne, je ne suis pas discriminante sur vos lieux de vacances)

Si vous être aussi accros aux livres que moi, vous devez connaître les semaines avant les vacances pendant lesquelles on part flâner dans nos librairies préférées à la recherche des romans de notre été et des livres qui auront la chance de partir à la plage ou à la montagne.

Je les achète en général par trois ou quatre, privilégie les polars mais prend toujours un en plus hors ma catégorie de prédilection.

 

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Alors je vous conseille en passant devant, d’attraper le livre de Stéphane Durand-Souffland, Frisssons d’Assises.

L’auteur est chroniqueur judiciaire au Figaro et a couvert de nombreux gros procès d’assises de ces dernières années.

J’ai assez écrit sur ces pages à quel point je n’aimais pas le droit pénal.

Pour autant, les Assises me fascinent et si je devais choisir de faire du pénal ce serait pour justement pour ce « frisson d’assises ».

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Le sous titre du livre c’est « L’instant où le procès bascule ».

L’idée n’est donc pas de raconter des procès dans leur intégralité mais de saisir la particularité d’un moment, de ce moment qui peut avoir une issue sur la décision finale !

J’ai failli passer à côté de ce livre en raison de petites coquilles, difficultés de compréhension de certains passages de l’introduction (oui je sais, je suis exigeante avec les auteurs).

Et puis j’y suis retournée. Histoire par histoire. Procès par procès.

C’est ce genre de livre qu’on peut lire en même temps qu’un autre, se dire « une histoire et après je vais surfer une vague ».

On repart on revient, c’est assez facile.

Outre l’écriture soignée, c’est surtout les descriptions des ambiances qui nous transportent dans les salles d’assises de toute la France.

Tant et si bien qu’en lisant la partie sur l’affaire Hotyat, procès auquel j’ai assisté quasiment dans son intégralité, j’ai eu l’impression d’être encore dans cette salle très particulière et j’ai lu chez Stéphane Durand-Souffland ce que j’avais ressenti pendant ces moments là !

L’auteur n’est tendre ni avec les mauvais procs, ni avec les mauvais avocats tout comme il reconnaît le talent d’un avocat général ou d’un président de Cour.</p

Outreau, Fourniret, Colonna…

Plus que des instants d’audience ce sont des instants de culture générale qui se dégagent de ce bouquin oh combien réussi.

Et à ceux qui prennent la route d’escampette ce soir, je vous les souhaite bien bonnes vos vacances, vous les avez bien méritées !

Mon nom, mon métier et le «grand blanc»

(Non non pas le requin hein).

A l’heure où je tape ce billet, alors que le mois de juillet et l’été se sont installés tranquillement dans nos cabinets nous épargnant audiences, téléphones et mails de client, il semblerait que certains représentants du gouvernement tentent d’avoir notre peau, nous faisant passer pour des incompétents avides d’argent.

C’est donc le bon moment, je trouve (moi et mes 3 autres moi on en a discuté un peu), pour vous parlez du phénomène du « grand blanc ». Pour en avoir parlé avec plusieurs de mes confrères (garçon ou fille), je ne suis pas la seule à avoir vécu cette étrangeté du monde humain.

Il est conventionnellement admis dans notre société que quand on se retrouve avec des gens qu’on ne connaît pas, par exemple à une table à un mariage, les gens s’échangent quelques banalités puis viennent à se poser la question fatidique « Qu’est ce que tu fais dans la vie ? ».

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Je dois avouer que cette question m’angoisse au plus haut point tant et s’y bien que très souvent j’essaye de m’y soustraire où d’empêcher qu’on ne me la pose.

Et toujours à cause du blanc.

Parce qu’inlassablement, systématiquement, implacablement, quelque soit l’interlocuteur, quand je dis « je suis avocat », cette annonce est suivie d’un moment de silence lourd et gêné qui je dois le dire est assez désagréable.

Je me suis posé alors plein de questions pour expliquer ce moment de flottement où les yeux se tournent vers moi.

Petit florilège des mes interrogations et des réponses que j’ai apportées pour éclaircir ce phénomène.

Première question : C’est dans ma tête ?

A force que cela arrive à chaque fois, je me suis dit que ca devait venir de moi. Mes proches étant peu enclins à me croire, je me suis dit qu’il fallait que j’arrête de me faire des films et que je continue à annoncer mon métier, distinctement pour pas que l’on me fasse le répéter.

Par facilité certainement, je m’étais convaincue que cette idée était la bonne jusqu’à ce que les autres autour le remarquent et me fassent la réflexion.

Donc non, ce n’était pas dans ma tête, les gens se taisent après l’annonce de mon métier.

Je ne suis donc pas si folle, mais cela ne me rassure que très peu.

Deuxième question : Ils pensent que j’ai triché à l’examen (d’entrée, de sortie et aussi pendant mes 5 années de fac) ?

Au mot « avocat », l’effet de surprise fonctionne.

Tant et si bien que leurs yeux ébahis et ronds comme des billes me dévisagent.

De mon point de vue et avec toute ma confiance en moi réunie, j’envisage qu’on pense que je mens ou que j’ai acheté un bout de papier aux puces avec marqué avocat dessus.

Que cette blonde en short en jean et tongs (oui ben je ne suis pas non plus tous les jours en robe d’avocat hein) ne peut pas avoir réussi tous les exams sans tricher ou avoir utilisé des méthodes douteuses !

Certains tentent de me reprendre en me disant, « tu veux dire que tu étudies pour devenir avocat » ! Euh non mec, je suis avocat depuis 4 ans…

Je ne compte donc aucunement sur ce réseau là de connaissance pour avoir des dossiers, manifestement, ils doutent de mes compétences.

La réponse à cette question est restée en suspens. Si vous avez des pistes…

Troisième question : je baisse dans leur estime ?

Le temps que leur cerveau intègre que c’est bien mon métier, je lis dans leurs yeux que je viens de perdre 10.000 points sur l’échelle de respectabilité.

En étant avocat, je ne peux que pomper le fric des honnêtes gens pour finalement perdre leurs dossiers ou pire, peut être même que j’ai eu à défendre des pédophiles ou des meurtriers, ce qui me fait passer direct dans les points négatifs.

(Petite parenthèse : les gens qui après ce blanc se permettent de me demander comment je fais pour défendre un violeur, je ne leur adresse plus la parole, mais ca fera l’objet d’un billet à part…)

Quatrième question : les gens sont des malotrus pas dignes de moi ?

Après avoir désespérément retourné la question dans tous les sens, la conclusion qui s’impose à moi est le fait que ce ne vient pas de moi mais des autres.

J’ai essayé toutes les intonations, toutes les attitudes pour l’annoncer.

L’humour, le cynisme, la douceur, la fierté…

Rien n’y fait. Ce blanc gênant s’impose !

Alors je capitule chers malotrus (oui j’aime bien ce mot tellement old school) qui n’êtes pas capables de dire un mot gentil voir même un mot tout court quand vous apprenez mon métier.

Et j’en déduis que le problème ne vient pas de moi mais de vous.

Et ca c’est tant pis pour vous…

Un mot, 5 lettres

Parfois, il y a des billets qu’on ne prend pas le temps d’écrire.

Parfois, ce sont ces billets qui comptent le plus qu’on ne prend pas le temps de partager.

Alors, il m’apparait important de prendre le temps d’un billet pour vous dire MERCI.

Un grand merci du fond de mon petit cœur.

Un grand merci parce que ça fait bientôt 4 mois que le blog est lancé et que la barre des 12.000 visiteurs a été franchie.

Alors oui j’estime que ça vaut bien un billet. Un billet pour vous le dire.

 

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Alors merci à celui qui m’a encouragé à me lancer, m’a aidée pour toute la mise en page et m’encourage au quotidien,

Merci à tous mes amis dans la vraie vie qui n’hésitent pas à me laisser à chaque occasion un petit mot en passant,

Merci à tous mes confrères, docteurs, magistrats, experts et tout le reste de la communauté de Twitter, pour ces échanges enrichissants sur nos métiers respectifs et la vie en général, j’ai l’impression de tous vous connaitre,

Merci à Maitre Roger qui a réalisé à ce jour la plus réussie inteview de moi (http://www.desinformations.com/c-91_portrait-de-la-jeune-avocat-en-tant-que-blogueuse.html),

Merci à tous ceux qui m’ont écrit des petits mots pour échanger sur le blog, les études de droit où le reste de mon métier,

Merci à Zythom pour son billet croisé sur l’expertise judiciaire,

Et plus généralement, un grand merci à vous tous de prendre un peu de votre temps pour lire mes mots.

Petit guide de survie à l’expertise construction (Part I)

J’ai envie, aujourd’hui de vous parler de mon truc à moi, j’ai nommé l’expertise construction.

Je sais que peu de mes confrères aiment ça.

Alors pour ceux là, j’ai concocté un petit guide de survie en deux parties (pour les avocats et pour les particuliers susceptibles d’avoir un jour une expertise chez eux).

Sachez à titre liminaire que toutes les situations ci-après exposées reposent sur des faits réels que j’ai vécu.

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L’expertise construction où comment devenir dégourdi(e) en trois leçons.

Leçon n° 1 – La préparation du paquetage à emmener

Comme tout départ en goguette, la préparation du nécessaire d’expertise nécessite quelques impondérables. Il ne faut jamais en oublier un seul. JAMAIS.

Il vous faut donc :

– l’adresse précise du lieu de l’expertise : attention certains experts font des blagues et plutôt que de vous donner le numéro de la maison, ils vous donnent le nom de ladite maison (exemple maison « xyz », boulevard de l’océan, Arcachon – le boulevard de l’océan fait 5 km de long, il faut le savoir-),

– bien évidemment un GPS mais bon ça quand même c’est la base sinon vous êtes mort ou vous n’arriverez JAMAIS à l’heure en expertise (enfin sauf si vous avez le sens de l’orientation inclus dans les options de base, ce qui n’est pas mon cas),

– le numéro de portable de l’expert judiciaire pour le prévenir que vous êtes perdu, pour qu’il vienne vous chercher, pour lui dire que vous êtes en retard (rayer la mention inutile),

– un plan Mappy (ou tout autre équivalent) imprimé avec vous. Parce que le GPS connaît pas tous les lieux dits, ni toutes les nouvelles constructions, ou toutes les nouvelles impasses. Alors le plan permet de prendre une rue à proximité, pour pas que l’expert n’ait à venir vous chercher trop loin quand même,

– dans l’idéal une paire de bottes en caoutchouc même si en pratique personne ne les mets, les confrères préférant patauger dans la boue dans leur chaussures de ville en daim ou sur leurs stilletos. Parce qu’après tout, il faut avouer, on fait souvent la déco,

– un téléphone avec une batterie pleine. Parce qu’il y a un mode plan dans les smartphones et que parfois même avec plusieurs modes plans et deux GPS, on trouve quand même pas. Et de la batterie au téléphone ça permet de dire à l’expert qu’on va être en retard, ou qu’il faut venir nous chercher.

Leçon n°2 – Comment s’intéresser à l’objet de l’expertise (sur lequel par définition on connaît rien) et donner le change si on a rien compris

Quand je dis que je fais du droit de la construction, on me parle de permis de construire. Pas du tout, qu’on soit bien clairs hein. Les permis de construire, c’est du droit public, et le droit public c’est pas le même droit (je n’oserai pas dire, pour ne pas froisser les publicistes que c’est pas du droit, mais voilà quoi, ça n’a rien à voir !).

Alors quand je dis construction, ça veut dire que je m’occupe des malfaçons sur les chantiers comme ça c’est plus clair à comprendre.

Et donc en expertise, il y a tout un tas de vocabulaire très technique (du genre faîtage, solive, sous dimensionnement de poutre et mon préféré micropieux).

Et la plupart du temps, vous n’avez pas la moindre idée de ce dont parle le monsieur (enfin l’expert judiciaire).

Dans ce cas là, il faut distinguer deux situations :

– soit vous avez la grande, l’immense chance d’avoir un expert d’assurance avec vous et dans ce cas là, il va non seulement vous traduire dans votre vocabulaire d’avocat (de blonde) tout ce que dit l’expert judiciaire mais en plus il va utiliser des arguments techniques pour contredire l’expert si besoin. Vous pouvez donc discuter tranquillement avec vos copines consœurs aussi en désarroi que vous,

– soit vous devez vous débrouiller tout(e) seul(e) comme un(e) grand(e) sans expert et là ça demande un peu plus d’attention et moins de causeries avec les confrères.

Déjà, il ne faut pas hésiter à dire à l’expert judiciaire si on comprend pas ce qu’il fait ou de quoi il parle. Par définition pour lui vous êtes avocat donc VOUS NE POUVEZ PAS comprendre la technique et son ego sera flatté de vous réexpliquer de manière vulgariser les raisons pour lesquelles la poutre présente un fléchissement anormal. En plus, vos confrères seront contents, parce qu’ils font genre mais ils ne comprennent pas plus que vous.

Ensuite deux phrases clés pour se sauver de deux situations distinctes :

si l’expert abuse un peu quant à l’étendue des constatations qu’il fait (genre les fleurs poussent pas en rang d’oignons), il vous suffira de dire « mais, monsieur l’expert, sauf erreur ce n’est pas dans votre mission« . Tout le monde se plongera alors dans son dossier pour chercher l’ordonnance portant mission et cherchant la légitimité d’un préjudice concernant l’implantation d’un parterre de fleurs. Et comme il n’y en a pas (enfin normalement, si oui, allo quoi),  l’expert judiciaire est recadré et on repart en débat sur la solive et son humidité. Étaiera ? Étaiera pas ? Tout un programme.

– si vous n’avez rien compris à l’expertise, que vous ne connaissez pas votre dossier très bien, que votre client n’est pas là où qu’il vous manque des pièces (rayer la mention inutile – plusieurs réponses possibles) et que l’expert vous demande de vous positionner par rapport au litige et donc que vous en êtes incapable, il suffit de répondre « Monsieur L’Expert, je vous transmettrai la position de mon clients et les pièces utiles par l’intermédiaire d’un Dire« . Les expertises sont comme des parties d’échec, chacun avance son pion prudemment. Et ensuite, chacun rentré dans son bureau les débats s’enveniment par voie de Dire donc (c’est en fait un courrier à l’expert). Mais cela permet de ne pas dire de bêtises sous le coup de la spontanéité et de lire le dossier…

Leçon n°3 – En toutes circonstances, ton sang froid tu garderas et ce :

Même si vous devez sonner dans le mauvais appartement à 9 h du matin et vous faire engueuler par une dame en robe de chambre passablement mécontente,

Même si le terre neuve de 90 kg des gens chez qui vous êtes vous laisse une trace de bave sur votre robe toute neuve,

Même s’il vous faut prendre la parole au milieu de 60 personnes (parmi lesquelles 3 femmes) pour expliquer la position de votre client qui est juste à côté de vous,

Même si vous vous retrouvez au milieu de 10 chiens de chasse qui aboient sans cesse pendant toute la durée de l’expertise,

Même si vous vous faites accueillir par un particulier encore un peu ivre de sa soirée et qu’il menace de vous virer à coup de pieds dans le train si l’expert se dépêche pas,

Même si l’expert se moque de vous quand vous lui faîtes remarquer les traces de doigt sur un faux plafond et qu’il vous demande comment vous préférez qu’il le formule dans son rapport,

Même si le syndic qui arrive avec une heure de retard en grosse bagnole, vous dit qu’en fait il a oublié les clés,

Même si en rentrant dans la chambre à coucher d’un appartement vous vous retrouvez face à un lit et une chambre avec plein de tentures rouges et des sabres japonais partout sur les murs, et même si c’est chez le mec ivre,

Même si l’expert vous dit qu’avec la provision à 6 chiffres versée par votre client, il n’a même pas de quoi vous inviter au Mcdal le midi,

Même si les particuliers en pleine réunion se mettent à balancer des chaises par terre parce qu’ils ne comprennent pas pourquoi leur maison payée 70.000 € ou achetée en kit est en carton (ben parce que c’est en kit..),

Même si les particuliers vous reprochent les malfaçons de votre client alors que bon on est d’accord que c’est pas vous qui avez posé la charpente hein,

Même quand l’expert, en chaussures de ville, manque de tomber du toit,

Même si l’expert propose aux demandeurs ses services post-expertise (…),

Même, si en dernier ressort, vous êtes contraint de demander à un confrère, bien évidemment au moment où tout le monde se tait, comment ouvrir le réservoir d’essence d’une voiture qu’on vous a prêtée,

Même quand le retraité membre du conseil syndical vous dit que quelqu’un peut se tuer dans son immeuble, il s’en fout tant que ça ne lui retombe pas dessus.

Non c’est pas vrai dans ce cas là, vous pouvez péter un plomb !

Et comme sur Twitter on fait connaissance avec des gens géniaux, avec un expert judiciaire informaticien et un expert d’assurance construction, on vous a concocté une petite trilogie de l’expertise de nos 3 points de vue différents !

La suite est donc là :

– pour la vision de l’expert judiciaire c’est chez Zythom que ca se passe,

– pour la vision de l’expert d’assurance, c’est sur La délicatesse du tractopelle que ca se passe.