Le libéral, l’URSSAF et le patron

A l’heure où les très jeunes passent le concours d’entrée à l’école des avocats, ou les un peu moins jeunes passent le CAPA, où les un peu plus vieux se demandent comment payer leurs charges et où ma prof de yoga m’incite à me reconvertir pour devenir prof de yoga dans son studio, il m’est apparu nécessaire de venir éclaircir un point capital dans notre métier.

Notre statut, à nous autres « jeunes » avocats.

En effet, vous avez été quelques uns à me demander des précisions sur ce qu’est ce statut de collaborateur libéral.

Il est donc temps de faire la lumière sur le statut le plus merveilleux du monde.

A l’école des avocats, quand vous êtes un petit avocaillon a qui on essaye d’apprendre des choses, on vous parle vaguement, entre une gratouille d’ours et un cours où tu dois écrire une assignation au stylo plume, du CFE (centre de formalités des entreprises), de l’URSSAF et la caisse de sécu particulière aux professions libérales.

On vous en parle au détour d’une formation sponsorisée par une association de gestion agrée qui est surtout là pour vous vendre une adhésion.

Mais au final, quand vous êtes à l’école, que vous avez un an de stage derrière, ça vous parait bien abstrait ce statut de libéral, en tout cas d’un point de vue des contraintes.

Parce que soyons honnêtes, le côté « avantageux » du libéral, nous l’avions bien compris direct, c’est que vous êtes votre PROPRE PATRON et que vous pouvez, dans la mesure du raisonnable, organiser votre temps de travail COMME VOUS VOULEZ.

Que les étudiants sont naïfs…

Et puis environ un an et demi plus tard, après la formation, une année en stage et un horrible examen, on vous donne un diplôme.

Il y a une petite phrase tout en bas du diplôme, écrite en filigrane.

C’est écrit « bienvenue dans le monde merveilleux des professions libérales »…

Et comme me l’a écrit une mutuelle, s’installer comme profession libérale est une décision « audacieuse »…

Et puis c’est la panique parce que la réalité des formalités à accomplir nous accable et honnêtement nous sommes bien seuls, même si à Lyon, une initiative avait été mise en place par les anciens pour nous aider dans tout ca.

Ce tout ca c’était se s’inscrire comme indépendant. Comme profession libérale.

Pourtant, et le paradoxe commence ici, pour s’inscire comme « indépendant », il nous fallait d’abord trouver un « patron ».

Un patron qui allait nous donner du travail à un tarif qu’il a lui-même décidé, sur lequel il ne paye aucune charge, puisqu’en tant qu’indépendant nous payons nos charges nous-mêmes…

L’URSSAF, la SECU, la CAISSE DE RETRAITE et bien évidemment les impôts, soit il faut quand même le rappeler environ 40 % de ce qu’on gagne…

(Petit aparté comparatif : j’ai appris il y a très récemment que chez les médecins collaborateurs, c’est eux qui encaissent les honoraires des patients qu’ils voient et en rétrocèdent un pourcentage à leur « patron ». Voila qui parait plus logique mais bon…)

Mais soyez rassurés, nos contrats de collaboration nous offrent quelques avantages :

– le terme de patron n’est jamais employé, puisque notre contrat nous garantit une absence de lien de subordination condition essentielle d’un contrat de travail,

– cinq semaines de congés payés par an,

– quatre mois de congés maternité (mais bon ca c’est nouveau, avant c’était 3 mois)

– et surtout, nous avons la possibilité, ou plutôt notre « patron » doit OBLIGATOIREMENT nous laisser la possibilité de développer notre clientèle personnelle.

L’idée derrière ca est de permettre au collaborateur d’avoir une partie de ses revenus assurés le temps d’avoir assez de clientèle pour poser sa plaque.

Malheureusement, le statut n’a pas évolué et la réalité est bien différente aujourd’hui.

En tout pour mon expérience personnelle où le côté libéral comporte presque que des inconvénients.

C’est le cas quand :

– j’arrive à 9 h 15 un matin et on me demande où j’étais,
– j’ai 95 dossiers pour le cabinet à conclure en 3 mois,
– mes rares clients persos changent d’avocat faute de traitement assez rapide de leur dossier,
– il faut faire la Compta,
– il faut appeler l’URSSAF.

Parce que nous les avocats on a fait droit à la fac. Et après on a fait spécialisation avocat (bon on a appris à faire des mots fléchés mais ca ce sera un autre billet).

On n’a pas fait comptabilité. On n’a pas fait gestion de cabinet. On n’a pas fait gestion de clientèle (ceci est un clin d’œil à Fluorette. Allez lire son livre et son blog, c’est génial).

Et surtout on n’a pas eu de cours pour apprendre à discuter avec l’URSSAF qui est capable de mettre trois ans pour changer votre adresse mais peut vous demander au bout de 3 ans de payer votre arriéré sous 8 jours.

Et surtout on n’a pas appris comment faire pour dire « non » à son patron, pour lui dire qu’il nous faut du temps pour nous laisser développer notre clientèle personnelle au moins un chouia…

Ca vend du rêve non ?

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6 commentaires

  1. Salut !
    Pour ta petite a parte sur les médecins remplaçants et collaborateurs, c’est bien le patron qui perçoit les honoraires, et qui rétrocède ensuite.
    Chouette blog autrement, continue comme ça !

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  2. Non chez les médecins c’est différent, il ne faut pas confondre la situation du remplacement et de la collaboration libérale :
    – pour le remplacement : le remplaçant perçoit les honoraires au nom du remplacé, qui lui rétrocède une partie pouvant aller jusqu’à 100% (cas de moins en moins rare, quand il s’agit vraiment de dépanner le médecin remplacé).
    – pour la collaboration libérale : chacun facture de manière distincte, car l’adhésion à la convention médicale de l’assurance maladie est individuelle. c’est spécifié dans le modèle de contrat de collab de l’ordre des médecins. dans ce cas là, le collaborateur verse une redevance au titulaire du cabinet

    http://www.conseil-national.medecin.fr/sites/default/files/collaborateur%20commentaires.pdf

    On notera d’ailleurs le commentaire de l’ordre des médecins susceptible de faire naître quelques réflexions chez les jeunes avocats : « Cette formulation permet au collaborateur libéral d’encaisser les honoraires puis de faire son affaire de la redevance à verser au titulaire du cabinet. C’est le système qui est adopté aujourd’hui pour les chirurgiens-dentistes collaborateurs libéraux. Ce système est également le seul qui permette de respecter pleinement la loi qui interdit tout lien de subordination entre le collaborateur libéral et son co-contractant. ».

    Mais bon, les cas sont relativement peu comparables entre les deux professions pour 3 raisons :
    – les honoraires sont fixes, réglementés par la sécu (sauf pour le secteur 2, mais le dépassement du tarif sécu est de plus en plus encadré)
    – c’est du paiement à l’acte pur, pas du paiement horaire. le travail de chacun est donc très facile à distinguer
    – quoiqu’il arrive l’exercice est personnel, et contrôlé individuellement par la sécu (prescriptions, arrêts de travail etc…). si la sécu impose le paiement direct du collaborateur, c’est pour éviter qu’un collaborateur facture en secteur 2 comme son patron si lui même est en secteur 1 (ce qui est absurde vu que c’est comme ça que ça marche pour le remplacement).

    La collaboration libérale reste quelque chose d’anecdotique chez les médecins, depuis que ça existe je n’ai vu qu’un seul médecin sous ce statut. La prise de contact se fait plutôt par le remplacement, qui est beaucoup plus souple et permet au jeune de découvrir de nombreux cabinets, de doser son temps de travail, etc. Contrairement à la collab, le remplacement est possible avant l’obtention de la thèse et les jeunes médecins le connaissent donc mieux.

    Le rapport de force générationnel n’est absolument pas le même que chez les avocats, les médecins libéraux ont déjà du mal à se trouver des associés (désaffection de ce mode d’exercice vs l’hosto et les postes salariés divers) donc ils n’ont aucun intérêt à mettre en œuvre des statuts de larbins pour les jeunes… Ces pratiques existeront peut-être dans certaines spécialités où l’exercice libéral est soumis à des barrières financières et/ou administratives à l’entrée (la radiologie par exemple : coût du matériel + régime d’autorisation du matériel), mais pour l’heure, les jeunes médecins restent tout de même ultra libres de leur mode d’exercice.

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  3. Votre situation, de libéral mais subalterne, me fait penser à 2 autres cas.

    Le premier, l’artisanat en bâtiment, car beaucoup de nouveaux artisans se retrouve à devoir gérer l’administratif et la compta (souvent en déléguant une partie à un expert comptable) tout en ayant pour client principale leur ancien patron donc sans réellement pouvoir fixer leurs tarifs où développer leur clientèle.

    Le second, l’indépendant en informatique qui au final reste dépendant au départ de la SSII qu’il quitte.

    Dans les 2 cas, il n’y a pas de formation préalable à la gestion d’entreprise (quelque soit le statut) et une dépendance réel à un patron, au moins au début.

    Mais il y a effectivement une formation obligatoire (suivant le cas) à la CCI ou à la CMA, sauf que c’est une blague puisque les quelques informations délivrées sont acquise avant d’arriver au stage… (pour moi cette formation obligatoire sert à 2 choses: décourager les personnes « trop dans l’action » et fournir une raison d’être aux organismes qui la délivre, via un monopole…)

    Bref, vous n’êtes pas plus mal loti que les autres 🙂
    De plus votre formation en droit vous donne une certaine habitude de la paperasse en général ce qui n’est absolument pas le cas du btp.

    Qui qu’il en soit, courage! Etre indépendant c’est certes des contraintes mais aussi des libertés et une fierté.

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  4. Merci pour cet article, trouvé en faisant la recherche « avocat – prof de yoga »
    Le métier est beau mais j’en reste à me demander si les contraintes actuelles (dichotomie gros/petits cab, technicité et abondance des textes, confrères qui cassent les prix, marché qui casse les prix, clients qui attendent une sur-disponibilité de l’avocat au point que le « travail » est reporté sur les heures non ouvrables, cotisations…) rendent son exercice réaliste… J’espere tout de même, et surtout que la profession sera capable de trouver des solutions qui laissent la place à tout le monde!
    Et de ton côté, cette reconversion?

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