« T’es sûr qu’elle est bien ? »

A J – 4 de mes 30 ans (vous n’avez donc pas d’excuses pour oublier), j’avais envie de vous raconter une difficulté récurrente inhérente à mon statut de « jeune femme ».

En effet, j’ai souvent parfois l’impression qu’ils ne me considèrent pas comme crédible en tant qu’avocat.

D’après ce que j’ai vu, mes consœurs de Twitter souffrent du même syndrome, ce qui m’a fait me sentir un peu moins seule je dois l’avouer.

1odGzik

A titre liminaire et pour les non connaisseurs, on nous appelle le ou la collaborateur (trice) d’un Me X.

Or, il faut le reconnaitre la terminologie n’est pas seyante. Parce que personne ne comprend directement que si t’es la collaboratrice de Me X, ca induit que tu es également avocat. Je veux dire à part entière.

Pas un avocat stagiaire, pas un stagiaire tout court, pas une assistante, pas un paillasson.

En fait ca veut dire que tu es avocat.

Les bases de vocabulaires posées, la petite histoire que je vais vous raconter s’est passée un vendredi soir pluvieux du mois de mars.

La journée avait pourtant bien commencée, comme un vendredi et j’avais envisagé de partir tôt le soir.

Vendredi pluvieux oblige, pas de rendez-vous de prévu et le Friday wear étant tendance, j’étais pas en tailleur /escarpins et je pense que ca n’a pas aidé.

Un peu avant midi, Me X, dont je suis la collaboratrice donc, vient me dire que « si » je suis disponible, ce serait bien que j’assiste à un rendez vous à 17 h le soir même.

Je lui explique que je ne suis pas disponible, il me répond qu’il faut absolument que je sois là (tu le vois bien là le lien de subordination ?).

Il argumente pour me convaincre en me disant liquidation judiciaire, 5 min, audience dans 3 jours, tu iras.

Je plie.

Je me présente donc au rendez vous et je me retrouve face à 4 personnes, toutes masculines, 3 associés d’une société et leur expert comptable.

Dire que je ne me suis pas sentie à ma place est bien inférieur à ce que j’ai ressenti.

Mon « patron » qui ne sera pas là le jour de l’audience m’explique, devant les clients, que je vais devoir aller plaider la liquidation directe de la société et que les clients sont très embêtés que ce soit moi qui y aille.

Boum dans les dents, première.

Des fois que je n’arrive pas à lire le dossier par moi-même, nous l’avons relu tous ensemble et à chaque élément « crucial », Me X me disait « c’est ca qu’il faut plaider » et un des gérants répétait après chaque phrase en articulant et détachant chacune des syllabes : « Vous av-ez bi-en com-pris Made-moiselle ? ».

J’aurais bien répondu que je préférerais qu’il m’appelle « Maître » plutôt que « Mademoiselle » mais malheureusement j’ai pas osé.

Boum dans les dents, deuxième.

J’ai toute suite sentie qu’il ne m’aimait pas et qu’il n’avait pas confiance. Du coup, je me suis dissoute petit à petit dans mon fauteuil.

Le rendez vous s’éternisant, la nuit était depuis tombée, deux heures étaient passées (je me doutais que les 5 minutes c’était pour m’amadouer) et mon amour propre parti se cacher six pieds sous terre.

Le rendez vous se termine enfin sans que je me mette à pleurer de ce manque de confiance que l’on daigne m’accorder.

Je sers la main aux clients, demande qui sera présent à l’audience, on me redemande si j’ai bien tout compris et si je me sens de plaider le dossier.

Et puis le coup fatal arriva sans que je l’attende.

J’appelle l’ascenseur pendant que Me X échange encore deux trois mondanités avec mon désormais ami, et là je l’entends qui lui demande, à 2 mètres, de moi « Mais t’es sûr qu’elle est bien ?».

Boum dans les dents. Bouquet final.

Epilogue : j’ai appris, après que l’audience se soit très bien passée, parce que manifestement je ne suis pas aussi nulle que ce que je semble laisser paraître, que jusqu’au matin même de l’audience, les clients avaient supplié Me X de ne pas envoyer à l’audience et de demander un renvoi.

Par courtoisie, et pour ne pas que je me sente encore plus mal, Me X a évité de me le dire avant l’audience.

Et le pire dans tout ça c’est que les clients étaient très satisfaits de ma prestation à l’audience.

Nah !

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7 commentaires

  1. Victimisation féministe qui vous enfermera dans la médiocrité et le vice si vous persistez dans cette voie.
    Il peut arriver exactement la même chose, et il arrive exactement la même chose tous les jours, à UN jeune avocat.
    Preuve par l’exemple, et l’absurde, d’à quoi conduisent le féminisme moderne, et son corolaire actuel, la victimisation des femmes en permanence, alors que c’est ce monde qui est de plus en plus violent. Et c’est cela qui est le plus inquiétant. Pas que les femmes ne soient pas tout le temps exonérées des tracas de la vie quotidienne.

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    1. Voila un commentaire bien idiot et inutile.
      Le billet raconte une anecdote. Ce n’est pas une prise de position générale sur la condition des jeunes avocates. Bien sur que le billet pour être transposé à UN jeune avocat. Mais ce n’est pas la question.
      Ma Chère consoeur, le succès d’un blog peut être mesuré au nombre de trolls. Voila ton premier!

      Aimé par 2 people

      1. Merci pour ton commentaire sandirne 😉 J’ai hésité à l’approuver l’autre commentaire, mais je voulais pas qu’on m’accuse de censurer des opinions différentes. Je suis contente que ca te plaise 😉

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      2. Sandrine, la validité d’une argumentation, se vérifie face aux réponses non argumentées, mais insultantes, qu’elle engendre.
        Merci donc Sandrine, de valider mon argumentation. Essayez d’argumenter un jour, puis de réfléchir avant d’argumenter, cela vous aidera surement.
        Les mots parlent d’eux même, d’autant plus pour des juristes :
        « j’avais envie de vous raconter une difficulté récurrente inhérente à mon statut de « jeune femme.
        j’étais pas en tailleur /escarpins et je pense que ca n’a pas aidé.
        face à 4 personnes, toutes masculines. »

        Quant à vous, cher Maitre et auteur du blog, félicitations d’avoir publié un commentaire si critique.
        Si vous me relisez, et c’est sans doute ce que vous avez fait, c’est un conseil pour l’avenir que je vous ai donné.
        Il peut arriver dans la vie qu’écouter l’avis d’un homme plus âgé et expérimenté soit utile.
        Quoi qu’en vocifèrent les Sandrine V et autres.
        L’audience s’est bien passée, comme vous l’avez dit, et j’en suis content pour vous.
        Je reviendrai suivre vos écrits, car d’une part, ils sont intéressants, et d’autre part, vous acceptez la critique, même si vous avez hésité à la publier.

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      3. « la validité d’une argumentation, se vérifie face aux réponses non argumentées, mais insultantes, qu’elle engendre » c’est pas très scientifique ça…
        Mais je suppose qu’on devrait dire « Merci » au Mâle âgé de venir expliquer ce qui est sexiste ou pas…

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  2. Vos commentaires sont consternants « Merci / ça se mérite». Pardonnez-moi de ne pas vous citer par votre prénom puisque le confort de l’anonymat semble vous plaire.

    Vous vous placez en donneur de leçon. Je n’ai aucun besoin ni envie d’argumenter ou d’avoir à prouver que je réfléchis avant d’argumenter.

    Une remarque tout de même pour rebondir sur la citation du texte que vous utilisez comme argument à tant de condescendance. Puisque notre blogueuse écrit « j’avais envie de vous raconter une difficulté récurrente inhérente à mon statut de « jeune femme » » c’est qu’elle parle du sien, de statut. Il n’y a aucune généralisation. Les mots parlent d’eux-mêmes, effectivement.

    En tout cas, je ne peux que constater que lorsqu’une jeune femme avocat exprime une opinion différente de la votre, homme plus âgé et expérimenté, vous en déduisez qu’elle vocifère.

    Merci.

    Aimé par 1 personne

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