Lettre à Mme E

(Parfois dans ce métier, on rencontre des clients qui n’auraient pas dû en être. On fait un bout de chemin ensemble, on essaye du mieux qu’on peut, et des fois quand même on se plante).

 

Chère Mme E*

On n’était pas faites pour se rencontrer. Vos besoins d’avocat ne correspondaient pas tout à fait à mes compétences.

Vous aviez besoin d’une prestance, de quelqu’un de poigne, de quelqu’un qui vous rassure.

D’un avocat homme certainement.

La rencontre était prévue pour être limitée à une fois. Une audience.

Je substituais une consœur.

Mais c’était pour une audience du juge des tutelles. Ce n’est déjà pas rien. Ce n’est déjà plus une substitution comme une autre.

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Et puis cette audience qui s’est soldée par un cuisant échec.

Comme on était partie ensemble, avec ma consœur, on a continué pour vous.

Ce cuisant échec a amené d’autres audiences. Quelques autres. Devant le juge des tutelles encore.

Toutes pires les unes que les autres.

Pourtant on s’appréciait. J’étais admirative de votre combat pour obtenir la tutelle totale de votre fille adorée victime d’un accident médical à la naissance.

J’admirais déjà votre ténacité d’avoir assumé plus de 10 ans de procédure judiciaire pour faire reconnaitre les fautes d’un hôpital.

Il faut dire qu’on n’a pas eu de chance, quand on s’est rencontrées, j’étais collaboratrice dans un important cabinet, dans lequel mes dossiers « à moi » ne pouvaient être traités qu’après 19 heures le soir.

Moi aussi j’avais les larmes aux yeux de fatigue quand, après déjà 12 heures de cabinet sur la tête, je vous rappelais tard le soir, et que vous me suppliez de faire quelque chose.

Malheureusement, on pourra vous dire tout ce qu’on veut, quand on est collaborateur, il n’est pas toujours évident de traiter ses dossiers persos avec le même soin que les dossiers pour notre cabinet.

J’ai essayé Mme E.

J’ai saisi des juges. J’ai fait des lettres. J’ai plaidé. Une fois, deux, fois trois. Devant trois juges des tutelles différents.

Nous n’avions jamais les mêmes impressions d’audience. Parfois, quand j’étais relativement satisfaite du déroulé de l’audience, vous étiez scandalisée que le juge vous ai mal parlé.

Et puis, il y a avait les mandataires à la protection des personnes qu’il fallait éviter de trop froisser mais qu’il fallait également recadrer.

C’était difficile de gérer votre dossier Mme E. C’était difficile de vous gérer vous.

Ce n’était pas pour moi. Ce n’était pas pour mes compétences.

Vous me l’avez dit de manière très amicale, le jour où vous êtes venue chercher votre dossier.

Vous m’avez dit « Vous êtes une très bonne avocate, mais j’ai dit à mon mari le premier jour, que vous n’auriez pas les épaules pour mon dossier. Mais ce n’est pas grave, vous avez essayé comme vous avez pu ».

Je n’étais pas vexée, je n’étais pas triste. J’étais soulagée. Pour moi et pour vous.

Je n’ai pas eu l’impression d’avoir mal fait ce que j’ai fait. Je suis allée au bout de ce que mes petites épaules pouvaient faire pour vous.

Je vous remercie Mme E, même pendant cette petite période, d’avoir cru en moi.

J’espère Mme E, que vous avez trouvé l’avocat qui vous convient et que, depuis, de larges épaules tiennent tête à tous les juges des tutelles et mandataires à la personne de la région.

Prenez soin de vous et de votre fille.

Bien à vous.

L’avocat aux trop petites épaules

 

* L’initiale a été changée.

Cher Femme Actuelle

(Biba rigole pas trop vite, t’es le prochain (oui j’ai pas oublié ton billet un avocat ça sert à rien dans 80% des cas)).

On ne va pas se mentir, je ne te connais pas très bien et ne te lis pas. Je suis un peu jeune pour ta cible (enfin c’est ce dont j’essaie de me persuader).

Bref, un peu contre ton gré, ton community manager a dû voir son nombre de mentions twitter exploser.

La cause : les avocats ne sont pas contents de la ta vision du divorce.

Ton article sur le divorce sans avocat nous a fait rire bien jaune.

(Au moment, où je publie ce billet, ton billet a disparu de ton site internet. J’espère toutefois que tu me pardonneras ma publication quand même).

photo-1413977886085-3bbbf9a7cf6eSi tu veux bien, prenons quelques passages et apportons y les réponses adéquates :

  • « Depuis janvier 2005, afin de simplifier la procédure de divorce, un couple marié peut se séparer sans avoir recours à un avocat » :

Bon alors, tu vas dire que je chipote, mais déjà soyons précis, se séparer et divorcer ce n’est pas la même chose juridiquement.

Accordons nous sur le fait que nous parlons uniquement du divorce.

De deux choses l’une :

– Soit tu as oublié de préciser dans quel pays cette procédure de divorce sans avocat est possible (en tout cas pas en France) ;

– Soit ta journaliste a oublié de chercher la réponse afin d’écrire ton billet (je pencherai pour cette option. C’est mal. Mais je te laisse le bénéfice du doute).

Bref, toujours est-il que cette affirmation est méga giga fausse.

L’avocat est obligatoire quel que soit le type de divorce. Sans exception.

Je dois te reconnaitre en effet, que la réforme du divorce est entrée en vigueur en janvier 2005 (tu n’as pas tout faux).

 Mais en aucun cas, elle n’instaure un divorce sans avocat.

 Des débats ont eu lieu plus récemment sur le divorce sans juge, mais ça c’est pareil c’est pas encore pour demain.

  •  « Enfin, aucun des deux conjoints ne doit exercer dans l’armée, subir des violences conjugales ou suspecter l’autre de cacher des biens financiers ».

  Alors si tant est que le divorce sans avocat soit possible, j’ai du mal à comprendre pourquoi un militaire ne pourrait pas en bénéficier.

Je comprends un peu l’idée d’exclure les victimes de violence conjugales, puisque que dans ce cas-là, il est peu probable qu’une bonne entente entre les époux ne permette un divorce bisounoursien comme tu l’envisages.

  Mais franchement les militaires là, je vois pas.

  • « Vous devez vous rendre au bureau du greffier du tribunal rattaché à votre juridiction afin d’obtenir les formulaires ou bien de vérifier que vous possédez les bons documents, trouvés sur les sites d’État »

 Quand je lis site d’Etat, ça me confirme dans l’idée qu’on ne parle pas de notre pays à nous, mais peut être que je manque de notions de journalisme pour savoir si tu es dans le vrai.

Sache que dans les tribunaux, il y a beaucoup de greffiers et qu’il n’existe pas de bureau spécial pour qu’un particulier sans avocat puisse déposer son dossier.

 Au pire c’est un huissier qui délivre une assignation, au mieux c’est un avocat qui dépose une requête.

  •    « Vous pouvez tout de même vous tourner vers d’autres professionnels afin de vous assurer que votre dossier soit bien préparé. Par exemple, vous pouvez demander l’intervention d’un juriste qui vous apportera son expertise, l’appui d’un médiateur afin de vérifier la conformité de toute votre procédure ou bien l’aide d’un préparateur de documents juridiques afin de contrôler que votre dossier ne présente pas d’erreurs ».

 Là, j’avoue je ne comprends pas bien l’intérêt. Tu ne vas pas prendre d’avocat (surement parce que tu trouves ca  cher) mais tu conseilles d’avoir recours à « d’autres professionnels » (il faudra les payer aussi).

Alors bon je sais qu’on dit souvent de nous qu’on ne fait pas bien notre travail, mais des avocats compétents qui préparent des dossiers de divorce tout beau tout prêt ça existe dans chaque barreau.

 Et même pas si cher.

 Une question me turlupine toutefois. Peux-tu m’indiquer ce qu’est un « préparateur de documents juridiques » ?

  •  « Vous êtes informés du jour et de l’heure de votre audience par mail ».

C’est mon passage préféré. J’avoue.

Si seulement on pouvait recevoir nos convocations aux audiences par mail devant les JAF ça serait tellement merveilleux.

 Mais non. Ça c’est dans ton monde des Bisounours.

  •    « Aussi, vous devez vous habiller correctement : les salles d’audience sont des endroits professionnels et très règlementés, alors ne faites pas mauvaise impression au juge, d’autant plus si vous vous représentez vous-mêmes, car sa décision peut être cruciale ».

 Alors oui le respect du magistrat et des salles d’audience est une notion importante et je te remercie d’insister dessus.

 Il est toutefois assez peu probable qu’un divorce (de quelque type qu’il soit) ne soit rejeté parce que vous êtes en tongs à l’audience.

Mais bon sait-on jamais, il faut toujours être prudent.

  • « Étant donné que la procédure de divorce est souvent longue avant d’arriver à son terme, vous devez la suivre et être au courant de son avancée afin qu’elle ne prenne pas plus de temps que nécessaire et pour, éventuellement, la faire avancer ».

Je t’avoue, je reste un peu sur ma faim.

J’aurai quand même bien aimé que tu m’expliques les conseils que tu donnerais pour faire avancer la procédure de divorce.

Nous pauvres nuls avocats, nous sommes contraints par les délais énormes de procédures et ne savons pas trop comment faire pour faire avancer les procédures.

Quel dommage, cette chute.

Allez sans rancune, on a juste bien rigolé. Et si tu divorces, j’ai plein de consœurs sympas  à te recommander.

(non) Dialogue avec l’URSSAF

Comme je vous l’avais expliqué dans ce billet, nous autres avocats sommes considérés comme des professions libérales et dépendons à ce titre de l’URSSAF. Alors à la demande générale (enfin surtout d’une copine de promo), voilà un petit florilège.

 Pour parler bien de l’URSSAF il faut d’abord tenter de définir ce que c’est et à quoi ca sert.

L’acronyme signifie Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales.

Quant à ce à quoi ca sert vraiment, bien malin chez les avocats (en tout cas ni moi ni mes copines ) qui pourra répondre.

Même Wikipédia peine à donner une définition claire des missions de l’URSSAF.

Alors si vous savez ou mieux si vous travaillez à l’URSSAF les commentaires sont faits pour vous.

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Néanmoins, si nous ne savons pas vraiment à quoi ca sert, nous savons en revanche à qui ca ne sert pas vraiment.

C’est un organisme destiné à rendre les avocats pauvres en leur pompant tous leurs revenus sans qu’ils puissent en récupérer les bénéfices puisque si je comprends bien ca finance le régime général de la sécurité sociale (duquel on ne bénéficie pas en tant qu’avocats… #bref)

Les présentations d’usage étant faites et le décor planté, quelques moments vécus à plusieurs stades de ma jeune carrière.

  • 1ère étape. L’étape initiale. Celle dont on ne te parle pas à l’école des avocats (je vous ai déjà dit qu’on apprenait rien d’utile à l’école des avocats. Non ? ah oui c’est vrai l’ours était utile).

Il faut faire sa déclaration de début d’activité auprès du centre de formalité des entreprises (dit CFE).

A charge pour ledit CFE de transmettre à tous les organismes concernés par notre lancement dans le grand bain (URSSAF, INSEE, RSI…).

Pour une raison ignorée, l’URSSAF, au sein duquel se trouve le CFE (et donc qui a la même adresse), ne reçoit quasi jamais du 1er coup la déclaration d’installation.

Ca doit être trop près en fait.

Il faut donc appeler, des les premiers jours d’exercice, l’URSSAF (#peur).

Oui mais pour arriver à joindre l’URSSAF, en plus de la patience, il faut un numéro d’inscription à l’URSSAF sinon tu ne peux pas avoir une vraie personne au téléphone.

Mais un répondeur téléphonique qui te dit : Si vous n’avez pas votre numéro d’adhérent et que vous souhaitez aller le chercher dites « patientez ».

Pour toute autre demande dites « Menu principal ».

Et toi après avoir écouté 3 fois le menu principal pour trouver la bonne touche pour parler à un vrai quelqu’un, tu dis à la voie rauque qui te parle « parlez à quelqu’un ».

Et cette charmante dame, au demeurant toujours polie, il faut le reconnaitre, te dit « je n’ai pas compris votre réponse ».

Mais l’avantage avec l’URSSAF c’est que tu n’es jamais tout seul dans la galère, ca marche mal de base.

Donc il arrive forcément pareil à toutes tes copines de promo.

Tu peux donc faire une ligue pour en conclure qu’il faut refaire une déclaration de début d’activité auprès du CFE. Ca va être compliqué parce que l’INSEE va te dire mais pourquoi encore ?

Petit conseil que j’aurai aimé qu’on me donne. Envoyer la déclaration en recommandé toujours. Comme d’ailleurs chaque fois que l’on écrit à l’URSSAF.

Pour la dialogue on repassera donc.

  • Comme j’aime bien l’espièglerie, j’ai décidé de mettre l’URSSAF à l’épreuve. J’ai donc changé de barreau, de département et de région. (ouuuuuuh la dingue que je suis).

La procédure en cas de changement de barreau c’est un peu comme ci dessus. Tu fais une déclaration de modification de ton activité au CFE et tu donnes ta nouvelle adresse.

Cela déclenche donc une demande de radiation auprès ton ancien URSSAF et une demande de création auprès du nouvel. Oui les URSSAF sont gérés au niveau du département.

Si tu ne veux pas leur compliquer la vie merci de ne changer de barreau qu’au sein du même département.

Pour ma petite expérience, mon URSSAF d’origine a reçu ma demande de modification et m’a radiée. Mon nouvel URSSAF n’a pas reçu ma déclaration de modification d’activité et ne m’a donc pas crée.

Le no man’s land de l’URSSAF.

Les petits malins diront chouette pas d’URSSAF donc pas de cotisations à payer.

Petit naif que tu es.

Enfin, toujours est il que cela signifie que pendant 2 ans, je ne pouvais pas joindre l’URSSAF par ce que plus affilié à un et pas encore affilié à l’autre.

Puis boom ils m’ont demandé de payer deux années entières de cotisations assorties des majorations qu’ils refusent de me rembourser.

  • Troisième cas pratique. Très récent. Très très problématique.

Les cotisations URSSAF sont basées sur le chiffre d’affaires réalisé l’année précédente.

Il y a donc une déclaration de revenus à remplir commune au RSI et à l’URSSAF.

Cette année pour une raison que j’ignore l’URSSAF s’est trompé de dizaine dans la prise en compte de mes revenus.

Elle considère donc que j’ai gagné 10.000 € de plus sur l’année qu’en réalité (#nanti).

Et me demandent en conséquence 7.000 € de régularisation sur l’année dernière.

(blague à part, à ceux qui continuent de penser que les avocats sont des nantis, sachez que si comme dans l’exemple vous gagnez 10.000 € de plus sur une année, l’URSSAF viendra vous en pomper 70%. Ben ouais fallait pas autant travailler).

J’en suis au 4ème recommandé pour leur faire comprendre.

Pour une raison que j’ignore, cela a dû déclencher une procédure particulière, puisqu’a peu près une fois par mois je reçois un courrier avec ma régularisation pour l’année 2014.

Que j’ai donc payé l’année dernière déjà.

Chaque mois un nouveau courrier pour la même année (j’en suis au 5ème). Chaque fois une somme différente de la précédente.

Chaque fois une somme différente de celle que j’ai payée.

Avec une petite gribouille, en bas, sur chaque courrier.

Cela dit « Surtout ne payer rien maintenant attendez votre appel de cotisations correspondant« .

Ca veut dire si tu payes maintenant, je vais perdre le chèque.

Ca veut dire aussi, pour bien faire du gâchis, dans quelques jours, semaines, mois, je t’adresserai un nouveau courrier, postal bien évidemment, pour te dire combien payer.

Bien évidemment, la somme sera différente et en général le délai pour régler sera déjà expiré.

Mais de quoi me plains-je ? Il suffit de les appeler pour dialoguer. Ou pas…

A thousand wars

Comme chaque nouveau billet, il a fallu trouver un titre et une photo. Je commence toujours par ça. Mon petit rituel du nouveau billet.

Toutes les idées de titre qui me venaient à l’idée pour terminer cette année me paraissaient inadaptées pour refléter la totalité de ces douze derniers mois.

Et puis j’ai repensé à cette chanson d’Aaron que j’aime bien, que j’écoutais dans le train à fond dans les oreilles en allant à Paris le 16 novembre dernier. Face à la Tour Eiffel parée de bleu blanc rouge.

Et Parce qu’en 2015, on a fait un millier de guerres. Alors Messieurs d’Aaron, pardonnez moi, mais je vous ai piqué votre titre. Pour la chanson c’est là. C’est bien à écouter en lisant aussi.

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En 2015, j’ai 31 ans, je suis avocat, je suis blonde, je fais du surf et j’ai fait un millier de guerres.

D’abord à titre personnel, il a fallu de nouveau changer de cabinet, de nouveau reprendre ses marques dans une organisation, de nouveau jongler avec ce statut de « collaborateur libéral », les contraintes de salarié et d’indépendant.

Et puis il a fallu faire la guerre, cette année, peut être plus que les autres années, contre l’URSSAF, le RSI et les autres.

Se battre chaque trimestre contre les demandes de paiement, presque à chaque fois fausses, jamais compréhensibles.

Essayer de se faire comprendre par voie de recommandé, seule issue pour ensuite prouver que oui on a bien contesté les 10.000 € réclamés à tort.

Et puis notre profession toute entière a aussi fait ses propres guerres cette année.

Il a fallu faire front, tous ensemble ou presque, contre la réforme de l’aide juridictionnelle.

Il a fallu nous battre au sens propre et figuré pour défendre un accès à la justice aux plus démunis.

Il a fallu expliquer aux justiciables que notre mouvement était dans leur intérêt, pour qu’ils puissent continuer à bénéficier des services d’un avocat compétent, quelques soient leurs revenus.

Certains de nos confrères se sont battus physiquement contre les justiciables et contre les forces de l’ordre qui les ont bousculés.

A Bobigny, à Toulouse, et bien évidemment à Lille, où le bâtonnier Potie est devenu le héros bien malgré lui de notre mouvement #AJenpéril.

Il a fallu et il faut encore faire la guerre contre notre propre institution « représentante », qui chaque année avec ses campagnes de publicité semble un peu plus s’éloigner de nos préoccupations quotidiennes.

L’édito de fin d’année du président s’intitule « Liberté, unité, compétitivité »…

Cette guerre là est tellement loin d’être finie.

Il nous a fallu, cette année encore mais aussi les autres qui suivront, lutter chaque jour contre les clichés que véhicule notre profession.

Nous avons été traités de nantis, de captateurs mais aussi d’avocats de base. Tout ça à la fois. Il faudrait savoir…

Tout ca la même année, par les représentants de notre gouvernements.

Expliquer encore et toujours. Le temps passé, les diligences, les heures pour rien, les charges qu’on paie, le fait de devoir payer pour travailler…

Se rendre compte que ça sert à rien.

Il faut encore, et je sais que je ne suis pas la seule, faire la guerre à soi même chaque matin, pour pas tout envoyer paître, pour pas répondre aux sirènes de ceux qui suggèrent que je serais surement pas moins malheureuse en étant prof de yoga ou à faire un surf trip autour du monde.

Parce que trop de jours de cette année, j’ai eu envie de tout claquer pour faire autre chose. A cause de toutes ces guerres.

Et puis quand même, il y a eu ça. Janvier d’abord. Puis novembre. L’année des guerres qu’ils disaient. Il faut s’en remettre. Panser ses blessures plus ou moins profondes, plus ou moins vives. Mais présentes, qui oppressent et qui certains jours nous font pleurer sans raison.

Parce que ça aurait pu être chacun de nous, parce que c’est peut être un des vôtres, vous qui me lisez et pour ça vous avez toutes mes sincères pensées.

Parce qu’en 2015, quand on fait partie de cette génération, on ne devrait pas être en guerre.

Alors oui cette année elle était guerrière, elle était rebelle, elle était triste, elle était solidaire mais la bonne nouvelle c’est qu’elle fini aujourd’hui.

Alors dites le avec moi, très fort, « 2015, casse toi, tu crains ».

(Quant à la photo elle est un peu dégoulinante d’amour, mais c’est un clin d’oeil appuyé à un groupe de filles qui a fait que parmi toutes les guerres de cette année, il y a eu une trêve merveilleuse d’un week end fin octobre, quelque part dans Paris, où quelques jours après on s’est dit ca aurait pu être nous.

Et puis aussi, ce cœur avec les doigts, il est pour vous chers lecteurs. Parce que malgré le peu de billets cette année, WordPress m’a accueillie hier matin avec un petit mot me disant que le nombre de visiteurs ici cette année correspond à 12 concerts complets dans l’opéra de Sydney – c’est pas rien hein (bon WordPress m’a aussi dit que mon meilleur apporteur de visiteurs c’était Maître Mô, mais faut pas lui dire après il va prendre la grosse tête).

Et pour ca je vous dis Merci et cœur avec les doigts).

 

 

Cher Cosmo

En tant que femme active trentenaire préoccupée par des choses utiles telles que les dernières tendances coiffures pour la plage, je dois dire que je t’aime bien. Comme dans vraiment bien. Je t’achète régulièrement. Je te feuillette au gré d’heures passées dans le train ou à buller sur la plage.

Des fois même, je t’achète deux fois, parce que je me souviens plus que je t’ai déjà lu.

Comme je suis un peu vieille école pour certains trucs, j’aime le papier et je vais donc très peu lire ton site. Le problème aussi des sites web des magazines c’est qu’on ne sait pas trop qui écrit les articles ni le degré de dérision qui leur sont inhérents.

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Alors l’autre jour, quand j’ai vu cet article-là circuler sur Twitter (oui Twitter c’est le mal, les choses très nulles y circulent très vite et prennent beaucoup plus d’importance que des choses bien écrites ou bien pensées (parenthèse dans la parenthèse, c’est le moment idéal pour faire un petit coucou à Guy Birenbaum ici – lisez son bouquin c’est top)) et au nom de mes consœurs bafouées par le contenu de cet article, je me dois d’exercer mon droit de réponse sur certains points.

L’article s’appelle « 13 choses à savoir avant de devenir avocate » (chers confrères, vous pouvez rester quand même) et promet de faire découvrir les dessous du barreau.

Avant de dégoûter toutes les prétendantes avec des idées fausses, rétablissons quelques vérités :

♣ Vous venez d’être diplômée d’un master en droit mais vous ne connaissez rien de la vie d’avocate :

Ah ben oui tiens c’est peut être normal qu’on ne connaisse pas la vie concrète d’avocat en sortant de la fac parce qu’il y a une école spéciale pour ça.

Bon je n’irai pas jusqu’ à dire qu’on sait tout faire en sortant de l’école mais après quelques temps immergé dans un cabinet d’avocat on a quelques notions des mauvais côté.

♣ Vous passerez probablement peu de temps au Tribunal :

Alors là je dois dire qu’il n’y a pas plus faux.

Sauf à bosser dans le département « FUSACQ » d’un « BIG » parisien, la règle c’est que plus t’es jeune dans le métier plus tu passes de temps au Tribunal.

D’une part parce qu’au début t’es le « bizu » de ton cabinet et que tu fais à juste titre ce que les autres ne veulent pas faire et d’autre part parce que l’ordre de passage des dossiers se fait à l’ancienneté.

Et c’est comme ça que même au bout de 5 ans d’expérience, tu peux plaider le soir à 21 h.

♣ Vous vous ennuierez terriblement si vous ne choisissez pas une spécialité adaptée à votre personnalité (vous pouvez aller lire l’article en lien pour trouver votre VRAIE personnalité – j’aurai préféré que ce soit un test mais même COSMO n’est pas parfait) :

J’avoue Cosmo que j’ai eu un peu de mal à comprendre de quoi il retournait ici.

Encore moins en lisant le texte explicatif ou tu expliques que si tu as une âme d’écolo les litiges commerciaux risquent de heurter tes grands principes.

La vraie question ne serait-elle pas si tu as une âme d’écolo va sauver le monde, ne fais pas avocat comme métier, et laisse place aux méchants requins qui aiment faire gagner leur client ? Et puis bon à quelle vraie personnalité associes tu la « spécialité » pénaliste, sous-titre « je défends des meurtriers » ?

♣ Vous ne serez pas toujours en mesure de répondre à vos clients (notamment parce que les réponses juridiques s’avèrent complexes) :

Sache cher ami que précisément les avocats sont mal payés pour répondre à des questions juridiques complexes.

C’est d’ailleurs pour ça que la grande majorité des avocats sont des humains pas trop cons qui au long de leur année d’étude ont appris à réfléchir et non à apprendre par cœur.

Et du coup nous sommes capables d’établir des réponses complexes pour satisfaire nos clients.

Si si je t’assure.

D’ailleurs l’affirmation selon laquelle quand on fait droit on doit beaucoup apprendre par cœur manque à ta liste.

Alors j’y réponds quand même non être avocat c’est surtout ne pas savoir de par cœur !!! (C’est tellement bon de lutter contre les idées reçues).

♣ Vous aurez besoin d’un agenda et d’une to-do liste, et aussi de prendre des notes :

Et qu’est-ce qu’il y a de mal à faire des listes de chose à faire et noter ses rendez-vous dans un agenda ?

Dans quel métier peut-on se passer d’agenda ?

Surprends moi Cosmo je suis curieuse. Et puis rassure toi je fais des to-do liste au boulot mais aussi dans ma vie perso (genre pensez à faire un billet de blog pour répondre à Cosmo).

En tout état de cause (oui les avocats utilisent des tournures pompeuses), j’ai du mal à comprendre en quoi c’est une face cachée du métier…

♣ N’oubliez jamais que votre tenue de travail est votre uniforme (Les femmes avocates expriment souvent leur frustration à propos de leur tenue au bureau) :

Je crois que c’est mon « dessous » préféré de ta liste.

D’abord, tu sembles oublier (ou alors tu as trop regardé Ally Mc Beal quand tu étais petite) que l’avocat porte un uniforme qui est sa robe d’avocat.

Tu sais ce grand drapé noir, absolument pas cintré, infroissable, et doté pour la plupart d’entre nous d’un truc blanc tout doux en peau de lapin sur l’épaule (les parisiens on se tait). C’est notre uniforme d’avocat.

Pour ce qui est du tailleur jupe, je dois dire que je suis un peu dubitative.

Après je dois t’avouer que dans mes jeunes années, je trouvais que les femmes actives avaient tellement la classe en tailleur et pensait que je rêverai de m’habiller comme ça.

Pourtant le seul jour où j’ai mis un tailleur jupe c’était le jour du concours pour le Grand Oral.

Aujourd’hui, je ne connais aucune de mes consœurs qui s’habille en tailleur jupe, même les associés des gros cabinets, même les bâtonnières (mon dieu que ce mot est moche).

Depuis, j’ai évolué et la liberté qui nous est offerte en terme d’habillement est énorme et je n’ai jamais eu aucune réflexion sur mes tenues (en fait si une fois mais il s’agissait juste d’un désaccord sur la définition de jean).

Et je porte la même chose au bar d’en bas et au boulot ! Oui absolument. Ma seule limite consiste à ne pas mettre de shorts et mes baskets Adidas gazelle chéries au boulot.

♣ Bon j’avoue pour le reste c’est pas tout à fait faux, je me dois de te le reconnaitre Cher Cosmo.

Les avocats des jeunes générations sont plutôt pauvres, accroché à leur téléphone pour pas perdre de client et ont tendance à manquer de temps pour prendre soin d’eux.

Mais au final comme on a un super statut de libéral, on peut aller chez le coiffeur entre deux audiences.

Mais sinon, je t’assure que c’est sympa comme job. Si ta journaliste veut venir passer une journée avec moi, je l’invite.

En espérant que tu saisisses l’humour contenu dans ce billet comme dans le tien,

Je t’embrasse bien fort.

L’audience « pyjama »

On les appelle comme ça parce que ce sont des audiences qui empiètent sur nos soirées, sur nos vies privées, sur nos vies tout court.

Ce sont souvent des audiences correctionnelles mais il y aussi les audiences pyjama devant d’autres juridictions, comme je vous racontais ici.

Comme c’est très loin de mon quotidien, a fortiori quand il s’agit d’une audience correctionnelle, j’ai eu envie de vous faire partager des morceaux de cette audience dans ce billet.

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L’audience correctionnelle pour laquelle mon client est convoquée se déroule un vendredi après midi à partir de 14 h.

Pour ceux qui ignorent comme cela se passe, il faut savoir que tout le monde est convoqué à la même heure.

C’est l’euphorie. Il y a plein de monde. La salle est déjà pleine à craquer. Une classe de collégiens assiste, hypnotisée par les débats.

Il faut se signaler à l’huissier appariteur. Pour nous avocats, c’est un peu notre « super-héros » pendant ces audiences.

Il fait en sorte que l’audience se déroule correctement, que tout le monde passe au bon moment, nous envoie un sms pour nous prévenir que notre tour arrive ou qu’on peut encore boire un énième café au fur et à mesure que la journée passe.

Ce jour là, l’audience est encore plus chargée que d’habitude. J’apprends à 14 h 20 que va être appelé le dernier dossier de la matinée, ce qui laisse déjà présager d’une longue après midi.

Je reste en dehors de la salle tellement il est difficile de rentrer s’y faire une place. Car comme souvent lors des audiences correctionnelles, quand un prévenu est originaire de la communauté des gens du voyage, une grosse partie de la communauté locale vient assister aux audiences.

Je suis donc de loin l’altercation entre une consœur et un procureur et attends patiemment que le début de l’audience de l’après midi commence. La porte qui s’ouvre et un vingtaine de personnes en sortent en commentant « Bon ben il repart, pour 5 ans ».

Le dossier d’après est plus lourd. Il s’agit d’un accident de la circulation ayant entrainé la mort. J’aime pas ce genre de dossiers parce que ca peut arriver à chacun d’entre nous. Un monsieur qui recule pour sortir de son garage et renverse une moto.

La famille de la victime et ses amis sont venus en nombre, chacun porte un tee-shirt avec une photo de la victime. J’écoute au début. puis je sors de la salle d’audience. La détresse du prévenu, la détresse des parties civiles. Toute la salle a les larmes aux yeux. Je laisse ma place.

Je discuterai plus tard, bien plus tard, avec le confrère qui s’occupait d’une partie des parties civiles, s’excusant d’avoir été beaucoup trop long et en tout cas beaucoup plus long que prévu. Je lui dis que je comprends et je repense à ce magnifique billet écrit par Pascale Robert-Diart sur le procès Zyed et Bouna. Je lui dis qu’en tant que famille de victime j’aurais aimé que mon avocat, que le tribunal prenne du temps pour écouter ma détresse et dise le droit.

Avec tout ça, il est presque 17 h. un seul dossier de l’après midi est passé. Certains tentent les renvois. Ils ne sont même pas si facilement accordés. Il reste une dizaine de dossier.

A 18 h, le palais s’est vidé. Il reste deux salles d’audience et des avocats qui errent. C’est l’occasion de croiser des confrères qu’on aime bien, de discuter de partager les derniers potins du barreau.

Les écoliers sont partis, leur professeur soulagé que ca n’ait pas été « plus dur ». Elle me raconte qu’avant, elle emmenait ses élèves voir les comparutions immédiates mais qu’elle a trouvé ca un peu violent pour des ados de 12/13 ans.

J’ai peu d’espoir quant à pouvoir arriver à l’heure à la soirée à laquelle on m’attends. L’huissier vient discuter également. Il se laisse 21 h comme dernier moment pour partir.

Pendant tout ce temps, on attends. Dans notre métier, on passe beaucoup de temps à attendre et tout autant à râler parce qu’on attends.

Ce sont des heures de rien. Ca parait interminable de se dire qu’on attends depuis 14 h et qu’il est 20 h 00 et qu’on a toujours pas plaidé ! Où sont passées les 6 dernières heures ? Ca semble interminable et pourtant ca passe très vite.

A 20 h 00, il n’y a plus de lumières dans le palais. La nuit est tombée dehors. La liste des dossiers s’amenuise. On commence à rêver d’un apéro voire de se faire livrer une pizza.

L’huissier me dit que je suis le prochain. J’ai l’impression d’avoir mon cerveau vide. Je rentre dans la salle pour m’imprégner.

Il est 20 h et quelques et, dans la salle d’audience, bien loin des considérations d’apéro et de soirée écourtée, une grande fille brune est debout, côté partie civile. Elle n’a pas d’avocat.

Elle pleure à gros sanglots. Elle explique que si elle est là c’est parce qu’on l’a un peu obligé parce que c’est le seul moyen pour qu’elle aille mieux. Elle doit avoir 24 ans.

En face d’elle, son père est prévenu d’avoir laissé balader ses mains dans la culotte de sa fille quand elle avait entre 13 et 16 ans.

J’ai de nouveau les larmes aux yeux. L’attitude du père énerve le Président du Tribunal qui le pousse dans ses derniers retranchements.

La fille explique qu’elle veut pas que son père soit condamné lourdement. Les réquisitions du procureur sont fermes, à la hauteur de la gravité des faits. La fille pleure de plus en plus.

On appelle le prochain dossier. Il est 20 h 45. C’est enfin mon tour. C’est un petit dossier pas très grave de stup. Je suis en pilotage automatique. Le dossier est vite plié, les réquisitions plutôt clémentes, et le prévenu d’accord avec, autant dire que j’ai pas grand chose à faire et heureusement.

20 minutes plus tard c’est enfin terminé.

J’attends un peu pour voir si j’arrive à avoir la décision. Le palais est désormais vraiment désert. et puis à 21 h 45, je décide qu’il est temps de mettre un point final à cette journée et à cette semaine.

(PS MESSAGE PERSONNEL : j’ai failli appeler ce billet l’audience « pyjus » en clin d’oeil à une fille très chouette sur le point de devenir maman mais j’avais peur que tout le monde comprenne pas. Ce billet est pour toi en tout cas)

Message de service

Un jour de ce mois de janvier alors que je cherchais une manière originale de faire un petit mot pour les vœux, à vous chers lecteurs, j’ai, comme une grande partie de l’humanité, pris un tsunami sur le nez.

Je me suis beaucoup posé la question de savoir si j’avais envie de donner mon avis ici, d’y partager mon désarroi, ma détresse.

J’estime que ce n’est pas le lieu ni l’objet de ce blog que d’écrire un texte triste, un plaidoyer pour la liberté.

Je l’ai fait ailleurs, autrement. Je crois que j’aurais vraiment aimé savoir dessiner.

 

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Et pourtant, la personne qui aime tant écrire derrière son clavier a changé ce jour-là.

Comme si le choix des mots, le choix des sujets pouvait devenir un problème.

Comme si le sens du mot liberté avait perdu de son panache.

Alors quand même, j’ai eu envie de dire un mot ici, avant qu’on recommence à rire de moi et de mes aventures, et c’est peu dire de dire qu’il y en a eu un paquet depuis ces derniers mois.

Et tellement à venir.

Et parce que ma liberté d’écrire est ma psychothérapie, parce que j’aime baptiser les choses et que mon ordinateur rutilant neuf symbolise cette liberté, je l’ai appelé Charlie.

Parce qu’il ne faut plus jamais oublier.

 

(Ps : à compter des prochains jours, ce blog reprendra son cours normal)